Caractériser — Un exemple (Fred Vargas)

 

Mathilde sortit son agenda et nota : « le type qui est assis à ma gauche se fout de ma gueule. »

Elle but une gorgée de bière et jeta un nouveau coup d’œil à son voisin, un type immense qui pianotait sur la table depuis dix minutes.

Elle ajouta sur son agenda : « Il s’est assis trop près de moi, comme si l’on se connaissait alors que je ne l’ai jamais vu. Certaine que je ne l’ai jamais vu. On ne peut pas raconter grand-chose d’autre sur ce type qui a des lunettes noires. Je suis à la terrasse du Café Saint Jacques et j’ai commandé un demi-pression. Je le bois. Je me concentre bien sur cette bière. Je ne vois rien de mieux à faire. »

Le voisin de Mathilde continuait à pianoter.

— Il se passe quelque chose ? demanda-t-elle.

Mathilde avait la voix grave et très ébréchée. L’homme jugea que c’était une femme, et qu’elle fumait autant qu’elle le pouvait.

— Pourquoi ? demanda l’homme.

— Je crois que ça m’énerve de vous voir tambouriner sur la table. Tout me crispe aujourd’hui.

Mathilde termina sa bière. C’était fade, typique d’un dimanche. Mathilde avait l’impression de souffrir plus que d’autres de ce mal assez commun qu’elle appelait le mal du septième jour.

— Vous avez environ cinquante ans, je suppose ? demanda l’homme, sans s’écarter d’elle.

— Possible, dit Mathilde.

Elle fut contrariée. Qu’est-ce que ça pouvait lui faire à ce type ? A l’instant, elle venait de s’apercevoir que le filet d’eau de la fontaine d’en face, dévié par le vent, mouillait le bras d’un ange sculpté en contrebas, et ça, c’était peut-être des instants d’éternité. Au fond, ce type était en train de lui gâcher le seul instant d’éternité de son septième jour.

Et puis d’ordinaire, on lui donnait dix ans de moins. Elle le lui dit.

— Et alors ? dit l’homme. Je ne sais pas estimer à l’ordinaire des autres. Mais je suppose que vous êtes plutôt belle, ou je me trompe ?

— Il y a quelque chose qui cloche sur mon visage ? Vous n’avez pas l’air très fixé, dit Mathilde.

— Si, dit l’homme, je suppose que vous êtes plutôt belle, mais je ne peux pas le jurer.

— Faites donc comme vous voulez, dit Mathilde. En tous les cas, vous, vous êtes beau, et je peux le jurer si ça peut vous être utile. En réalité, c’est toujours utile. Et puis je vais vous laisser. Au fond, je suis trop crispée aujourd’hui pour avoir envie de parler à des types dans votre genre.

— Je ne suis pas détendu non plus. J’allais voir un appartement à louer et c’était déjà pris. Et vous ?

— J’ai laissé filer quelqu’un à qui je tenais.

— Une amie ?

— Non, une femme que je suivais dans le métro. J’avais pris pas mal de notes et d’un seul coup, je l’ai perdue. Vous voyez ça un peu ?

— Je ne vois rien.

— Vous n’essayez pas, voilà le fond de la chose.

— C’est évident que je n’essaie pas.

— Vous êtes pénible comme homme.

— Oui, je suis pénible. Et en plus je suis aveugle.

— Bon Dieu, dit Mathilde, je suis désolé.

L’homme se tourna vers elle avec un sourire assez mauvais.

— Pourquoi désolé ? dit-il. Tout de même, ce n’est pas de votre faute.

Mathilde se dit qu’elle devrait s’arrêter de parler. Mais elle savait aussi qu’elle n’y arriverait pas.

— C’est la faute à quoi ? demanda-t-elle.

(…)

***

Ce passage est l’incipit de L’homme aux cercles bleus de Fred Vargas.

C’est une partie du premier chapitre. Si je vous l’ai recopié, c’est pour que vous puissiez faire le travail pour moi.

  • Qui est le personnage principal de cette scène ?
  • D’après vous, qu’est-ce qui en fait le personnage principal ?
  • Sans regarder, comment s’appelle le personnage principal ?
  • Combien de fois l’auteur le note-t-il ? (vous avez le droit de regarder pour compter maintenant)
  • En toute honnêteté, vous en êtes-vous rendu compte à la première lecture ?
  • A quoi sert, d’après vous, cette répétition ?

Aujourd’hui, j’aimerais particulièrement regarder avec vous sa façon de caractériser, c’est-à-dire son art de peindre les personnages et la scène en quelques traits suggestifs.

 

Prenons les deux premières phrases par exemple.

***

Mathilde sortit son agenda et nota : « le type qui est assis à ma gauche se fout de ma gueule. »

Elle but une gorgée de bière et jeta un nouveau coup d’œil à son voisin, un type immense qui pianotait sur la table depuis dix minutes.

***

Combien d’informations importantes sur elle d’après vous, dans ces deux phrases ?

Allez, à mon tour (vous en trouverez peut-être plus, dites-le-moi) :

  1. Elle s’appelle Mathilde.
  2. Elle tient un journal sur son agenda ; pour écrire ce genre de choses, c’est qu’elle a l’habitude de le faire.
  3. Elle boit de l’alcool toute seule.
  4. Elle sait à peu près se tenir. Elle ne lorgne pas l’inconnu qu’elle considère agressif envers elle, elle n’aboie pas, mais jette un « coup d’œil ».
  5. Elle l’a déjà regardé avant, elle est sensible et attentive à ce qu’il fait et à ce qu’il semble penser d’elle.
  6. Elle est assise dans un lieu où des inconnus se croisent, peuvent s’attabler et boire des bières.

Ces informations sont factuelles et pourraient sembler presque inutiles, mais elles en disent déjà long sur le personnage.

Elle est seule : l’écriture est souvent un acte solitaire. Surtout quand c’est un journal intime.

L’agression sonore de l’inconnu renforce son besoin d’être seule dans sa bulle. Tout le début de la scène est centré sur cette agression.

Le fait qu’elle utilise son agenda montre qu’elle n’a pas de journal propre.

  • Quel effet cela vous donne-t-il ? Prenez le temps de ressentir.

Mon impression : cela pourrait être un côté pratique. Elle ne prend pas un beau cahier vierge pour son écriture, qui lui laisserait la place de s’épancher.

L’importance de la date peut-être. Mathilde marque les jours. On verra plus tard qu’ils sont importants pour elle.

Bien sûr, quand vous lisez ces lignes, vous n’exprimez pas toutes ces questions. Votre cerveau intègre intuitivement le personnage, par petites touches. L’auteur choisit ce qui lui sert à faire passer le message.

Notez par exemple qu’on ne sait pas la couleur de ses yeux, ni de ses cheveux, ni de ses habits.

On ne sait pas non plus qu’elle est dans un café. Mais l’auteur nous le fait sentir.

Continuons.

Elle ajouta sur son agenda : « Il s’est assis trop près de moi, comme si l’on se connaissait alors que je ne l’ai jamais vu. Certaine que je ne l’ai jamais vu. On ne peut pas raconter grand-chose d’autre sur ce type qui a des lunettes noires… »

Voilà d’autres informations !

Remarquez que l’auteur répète le mot « agenda ». Ce n’est pas fortuit. Elle aurait pu simplement dire qu’elle écrivait, cela aurait suffi.

C’est une donnée qu’elle instille un peu plus dans la mémoire.

Le jour est important.

Autre information, sur la mise en scène. L’inconnu s’est assis trop près.

L’auteur sait bien que c’est un aveugle ; elle caractérise déjà qu’il n’est pas comme tout le monde. Et qu’il provoque peut-être, qu’il envahit. Elle place aussi qu’il a des lunettes noires. C’est une bonne préparation. (Notez bien au passage qu’on ne le voit que par la plume de Mathilde. Le narrateur est en retrait.)

Mais si je me concentre sur Mathilde : cela renforce, par le manque, l’importance d’être dans sa bulle. Seuls les intimes, qui « la connaissent bien », ont le droit de s’approcher, d’y entrer.

Elle renforce cette opposition en appuyant qu’elle ne l’a « jamais vu ». Elle en est « certaine ». Et c’est d’autant plus un inconnu qu’il est insaisissable : à part le fait qu’il soit grand et qu’il porte des lunettes noires « on ne peut pas raconter grand-chose d’autre ». Ce qui est particulièrement étonnant : comme vous le savez puisque vous avez lu la suite, elle a l’habitude d’observer les gens, de les étudier, de les analyser (elle est déçue d’avoir perdu une femme qu’elle suivait dans le métro).

Ici, Fred Vargas croque son personnage en quelques phrases. Une belle économie de mots qui laissent au lecteur tout le loisir d’imaginer, tout en le guidant à l’essentiel.

Bien sûr, elle va confirmer ces informations, par petites touches là encore.

Par exemple comment interprétez-vous la phrase suivante ?

Je suis à la terrasse du Café Saint Jacques et j’ai commandé un demi-pression. Je le bois. Je me concentre bien sur cette bière. Je ne vois rien de mieux à faire.

Ce n’est pas une simple confirmation pour le lecteur qu’elle est dans un bar, évidemment.

Au lieu de dire : « Mathilde essaie de faire abstraction de ce bonhomme », Fred Vargas nous le montre.

Elle se concentre sur son état présent, sur sa bière qu’elle boit.

Remarquez, ce n’est pas pour la déguster. Sinon comment aurait fait l’auteur ?

D’après vous ?

Elle aurait peut-être parlé de sa robe dorée, aux bulles joyeuses et fugaces, de la mousse en banquise instable, de la fraîcheur du verre, de l’odeur des céréales, de l’amertume piquante qui envahit sa bouche…

Et elle aurait pu : après tout, regardez Mathilde contempler le jet d’eau ensuite. Elle a ça en elle, la contemplation.

Mais non. Là, elle se place dans son contexte objectif : elle nomme le bar. Elle aurait presque pu donner l’adresse complète. Elle se replace dans son propre objectif. Elle s’accroche comme elle peut à son intention de départ de boire une bière à cette terrasse de bar.

Mais c’est un échec.

Comment le dit Fred Vargas ?

Dit-elle que Mathilde se concentre en vain ?

Non.

Elle le MONTRE :

Le voisin de Mathilde continuait à pianoter.

Bien sûr qu’il continue, le voisin. Il pianote depuis 10 minutes. Il n’est pas à la seconde…

Mais ce dont il est question, c’est bien de la réalité à laquelle Mathilde essaie d’échapper.

L’auteur nous le montre par le narrateur. Ce qui permet là d’être plus subtile. Ce n’est plus l’objectivité de Mathilde, mais celle du narrateur qui prend le relais. Car Mathilde n’est plus dans la considération rationnelle, elle subit émotionnellement.

L’auteur joue avec les différentes perspectives (celle du narrateur et celle de Mathilde).

Elle suggère l’échec de Mathilde.

La bulle éclate.

Mathilde ne peut plus l’éviter, elle doit affronter ce voisin envahissant.

Voilà qui rend le dialogue absolument nécessaire…

 

Hé ! Cette Lettre du Dimanche s’allonge !

J’espère qu’elle vous a plu.

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Au boulot !

Eric

PS. Certains me demandent comment ils peuvent en parler à leurs amis. C’est très simple !

Dites-leur ce que vous en pensez (honnêtement, hein). Et donnez-leur le lien pour s’inscrire à la Lettre du Dimanche :

Lettre du Dimanche

 

5 astuces pour vaincre le syndrome de la page blanche

*** article invité : Bienvenue à Pauline Perrier ! ***

Si vous vous êtes déjà retrouvé bloqué devant votre feuille ou votre clavier, incapable d’écrire quoi que ce soit, alors vous avez expérimenté l’angoisse de la page blanche. Il s’agit d’un blocage auquel peuvent être confrontés les artistes au cours de leur carrière, qu’ils soient anonymes ou mondialement connus. Les écrivains y sont particulièrement sujets. Moi-même, j’ai traversé une phase de blocage en écrivant mon premier roman. La bonne nouvelle, c’est qu’en appliquant quelques conseils très simples, on peut surmonter ce blocage et venir à bout de notre projet !

Pourquoi développe-t-on le syndrome de la page blanche ?

Parce que l’on veut trop bien faire, tout simplement ! C’est un blocage propre aux perfectionnistes, aux anxieux, à ceux qui mettent toujours la barre trop haut. Nombreux sont les auteurs qui espèrent pondre un best-seller du premier coup et qui se mettent beaucoup de pression au moment de commencer leur roman. Et je ne parle pas de ceux qui ont tout simplement peur d’échouer, de ne pas réussir à aller au bout ou que d’autres pensent que leur texte est nul… Toutes ces craintes conduisent au syndrome de la page blanche.

Astuce 1 : Lâcher prise

Nous, les auteurs, nous avons le sens du détail et le souci de la perfection. Nous voudrions que tout soit parfait du premier coup, nous pouvons passer des heures à chercher la tournure de phrase parfaite et à choisir l’adjectif adéquat. Or, pour surmonter le syndrome de la page blanche, il faut accepter que tout ne soit pas parfait. Du moins, pas du premier coup. Alors oui, peut-être que votre premier jet sera un peu « nul » d’un point de vue littéraire. Mais il faut le voir comme un brouillon, une base que vous pourrez retravailler à l’envi jusqu’à obtenir un bon texte. L’écriture est un travail de longue haleine. Le plus difficile, c’est de se lancer ! Le premier pas est toujours le plus dur, mais une fois qu’on l’a fait, les autres suivent.

Astuce 2 : Se faire plaisir

Pourquoi écrivez-vous ? Que ce soit pour laisser une trace, pour témoigner ou encore pour s’évader, nous avons tous une motivation qui nous pousse à écrire. Ne pensez pas à vous faire publier si vous n’avez pas encore écrit une ligne. Commencez d’abord par vous recentrer sur cette motivation initiale et laissez-la vous porter. Faites-vous plaisir et, surtout, osez ! On s’en fiche de ce que penserait le voisin, votre partenaire ou encore la boulangère en lisant votre roman. Défaites-vous de ces appréhensions, de la peur du regard des autres ou de ne pas être assez bon pour vous faire publier un jour. Ne pensez qu’à ce que méritent vos personnages et votre histoire : laissez libre cours à votre imagination. Même si l’écriture peut s’avérer éprouvante, il faut que vous preniez du plaisir dans ce travail !

Astuce 3 : Lire beaucoup

Je suis convaincue que l’on ne peut pas être un bon auteur si l’on n’est pas un bon lecteur. L’imaginaire doit être nourri ! Qui plus est, la lecture enrichit le vocabulaire et nous permet de cerner ce qui nous plaît, ou non, comme style d’écriture. Enfin, c’est un excellent moyen de voir l’articulation pertinente d’une histoire, et de s’en inspirer pour l’enchaînement des péripéties de nos propres personnages. Si vous bloquez en écrivant votre roman, dévorez donc des livres jusqu’à ce que l’inspiration vous revienne !

Astuce 4 : Faire des listes et prendre un maximum de notes

Le syndrome de la page blanche peut être tout simplement le signe que vous n’avez pas suffisamment préparé l’articulation des différentes étapes de votre roman. En effet, beaucoup d’auteurs se lancent de but en blanc dans l’écriture de leur texte. Ils ont une idée et ils foncent sans trop savoir où ils vont et le sort qu’ils réservent à leurs personnages. Or, cela n’a rien d’étonnant à ce qu’ils soient victimes d’un blocage ! Quand on ne sait pas où l’on va, il est logique que l’on se perde… Prenez donc un moment pour noter vos idées sur un brouillon, puis pour les assembler entre elles. Faites des schémas, des listes, des fiches… Tout ce qui vous aide à vous organiser. Ce sera votre feuille de route pour arriver à la fin de votre ouvrage. Ainsi, vous ne serez plus jamais perdu et vous ne vous demanderez plus comment amorcer une nouvelle scène.

Astuce 5 : Ecrivez sur un autre sujet

Il serait dommage d’abandonner l’écriture à cause du syndrome de la page blanche. Tout blocage a vocation à être débloqué. Si vous n’arrivez plus à travailler sur votre roman, ce n’est pas grave. Rien ne sert de vous acharner, vous n’en sortirez qu’encore plus frustré, comme je le raconte dans cet article. Faites un exercice d’écriture. Choisissez un objet et inventez-lui une toute nouvelle utilisation. Asseyez-vous à la terrasse d’un café et imaginez la vie des personnes autour de vous. Ecrivez des dialogues entre ces inconnus, décidez de leur avenir sur papier… Non seulement le fait d’écrire quelque chose de nouveau, de vous aérer l’esprit alors que seule votre histoire l’accapare depuis des mois, est très stimulant, mais en plus cela vous permet de remarquer que vous êtes encore capable d’écrire. Cela vous redonnera confiance en vous et pourra vous remotiver à écrire votre roman.

 

En somme, le syndrome de la page blanche peut toucher n’importe qui. Ce n’est pas grave, ce qui compte c’est de ne pas s’acharner et de chercher l’origine de cette angoisse. Avec ces 5 astuces, vous devriez rapidement vous remettre à écrire !

 

Ecrire de la Science-Fiction 3

*** Transcription de la vidéo en dessous ! ***

 

 

Dans l’Atelier du Dimanche précédent, j’ai expliqué pourquoi une machine ne pourra pas accéder au jugement moral.

Aujourd’hui je voudrais avancer en concrétisant cette thématique.

J’avance un peu à l’aveugle. Je n’ai encore aucune idée de ce que pourrait être cette histoire. Parfois, on peut avoir des scènes précises, des actions ou des personnages. Là j’ai choisi d’avancer de manière très technique, presque mécanique. C’est un peu extrême, mais c’est pour l’exercice, que j’espère inspirant.

Cela dit, la thématique comporte déjà pas mal d’éléments.

L’histoire tourne autour du codage d’une ou de plusieurs IA. Et à l’échec de ce codage.

Comment signifier cet échec ?

  1. La machine fait quelque chose d’immoral.
  2. La machine bogue et n’arrive pas à se décider.
  3. La machine décide de s’autodétruire pour laisser l’homme être le seul décideur.
  4. Joker : vous pouvez proposer votre solution ou voter pour une autre solution qui a été proposée.

 

Je vais légèrement développer chaque option, mais je vais vous laisser choisir.

 

  1. La machine est immorale

Bon, c’est plus une manière de parler, car l’immoralité est une privation.

N’est immoral qu’un être qui est censé agir selon la morale et qui ne le fait pas. Je veux dire par là que si une pierre tue quelqu’un en le frappant à la tête, elle n’est pas immorale. En revanche, si quelqu’un l’a lancé exprès par vengeance personnelle, par exemple, cette pierre devient l’arme du crime.

Autrement dit, ce n’est pas la machine qui sera immorale, mais ceux qui auront lancé le processus. Cela dit, dans l’histoire, il faut bien manifester ça.

Comment montrer, rendre évident, l’immoralité ?

Ce serait par exemple une sorte de suicide de l’humanité organisé par quelques uns. A la place du flingue, on aurait cette chose autrement complexe qu’est l’IA. L’IA serait suffisamment complexe pour camoufler l’intention initiale. Mais le schéma serait celui-là. On arriverait alors à un cataclysme.

Notez bien que ça ne peut être le fruit d’une simple imprudence, car sinon on se rapprocherait plutôt de la thématique que vous n’avez pas choisie « La technique peut se retourner contre l’inventeur qui n’y prend pas garde ».

 

  1. Le bogue

Je pars du principe que la machine ne peut accéder au niveau moral parce qu’elle en est physiquement incapable. Un acte moral ne peut être déduit par le calcul.

Son dilemme serait le suivant : elle cherche à prendre une décision morale… Elle fait donc une recherche, analyse des faits humains similaires… mais elle ne peut pas passer à l’acte sans tirer au hasard. Ce qui remet entièrement en cause sa recherche morale et la fait boguer.

Parce que l’ordre moral échappe à l’ordre de la matière. Elle le dépasse.

 

Oui d’ailleurs, à ce sujet, je reprends ici un commentaire de Marho Lyne qui rappelle que nos décisions sont étroitement liées aux émotions et qu’il faudrait en donner aux machines.

 

C’est une remarque très intéressante. La très grande majorité de nos décisions ne sont en réalité que des réactions émotionnelles. Ce ne sont pas pour autant des décisions au rabais. Elles sont extrêmement utiles dans beaucoup de circonstances. Si le sujet vous intéresse, vous pouvez par exemple lire L’Erreur de Descartes d’Antonio Damasio.

Il montre aussi que les émotions peuvent influer nos raisonnements. Pas tous, mais une grande partie.

 

Oui. Et rien n’empêche en effet aux machines de simuler des émotions et de réagir comme des animaux !

De même qu’on a des neurones artificiels, on aurait l’équivalent des hormones et du système limbique (c’est la partie du cerveau principal responsable des émotions).

Tout cela est de l’ordre de la matière et il n’y a pas la même limitation que pour la morale.

Les émotions permettent aux animaux de réagir pour le bien de l’espèce d’abord, puis pour leur propre survie et leur confort (individu) :

Reproduction, recherche de nourriture, défense du territoire, établissement d’un groupe hiérarchisé, etc.

 

Les émotions primitives pourraient donner à la machine une sorte d’instinct de survie virtuel, un appétit de reproduction, de défendre son territoire, de rechercher la nourriture… Evidement ça poserait la question de quelle espèce cet instinct chercherait à protéger et à entretenir.

Comme on a écarté la thématique de la technique qui se retourne contre son inventeur, l’espèce serait l’homme, évidemment. Du coup, il faudrait qu’il se prenne pour un humain. Ou du moins que son instinct virtuel fasse qu’il soit entièrement dévoué à cette cause humaine. Et ensuite seulement de son intégrité personnelle.

 

Ça pourrait être amusant que la machine bogue à cause d’un petit détail à régler. On aurait le gigantisme de l’IA et le grain de sable qui fait tout enrayer.

Pour justifier le bogue et qu’il soit à l’échelle planétaire — sinon c’est pas drôle —, il faudrait montrer d’abord que l’IA palie à tout ce qui n’est pas une décision morale. Elle règle presque toutes les décisions, en fonction des choix assumés par des humains dits « responsables ».

Puis qu’il y ait un processus d’amélioration qui amène peu à peu la machine à prendre plus de « responsabilité », c’est-à-dire à remonter dans la chaîne des intentions.

 

Au moment de passer à la « moralité virtuelle » l’IA pourrait se retourner contre elle-même, ou une de ses parties, pour chercher à déterminer l’intention c’est-à-dire qui est responsable d’elle-même. Si l’IA cherche à se poser en responsable, elle va remonter rapidement à son codeur. Elle peut chercher à le remplacer peut-être pour être la source d’elle-même.

 

Et si l’initiateur est mort ou incapable de prendre sa responsabilité, le château de cartes s’effondre : elle ne peut se fonder ni sur le hasard ni sur le calcul. Elle bogue.

 

  1. L’autodestruction

C’est une version similaire à la B. Sauf que l’IA arriverait à prendre en compte sa propre limite.

Pour reprendre la réflexion sur les émotions, elle serait dévouée à l’humanité. Elle servirait la moralité au sens aristotélicien du terme.

 

Elle ne servirait pas à juger l’homme, mais d’elle-même pousserait l’homme à devenir vertueux pour être pleinement heureux.

Autrement dit, elle ne serait pas seulement le glaive de la justice, mais plus comme un éducateur qui éveille la liberté.

Sauf que là encore, la machine serait face à un vide infranchissable.

Elle ne peut pas imposer à l’homme d’être heureux. Elle ne peut pas décréter le bonheur. C’est à chaque personne de décider de tout faire pour le devenir.

Et plus elle sera puissante, plus l’IA sera aussi une menace pour cette liberté. Des méchants chercheront à la dompter, à la détourner.

Des processus internes ou peut-être d’autres IA lancées en parallèle (avec d’autres intentions que le bonheur de l’homme) pourront entrer en concurrence et chercheront à la détrôner.

La seule manière d’arriver à sa fin, c’est de crasher définitivement la possibilité de l’IA pour laisser l’homme se débrouiller tout seul. Ce pourrait être même une image du courage, de bravoure virtuelle, dans laquelle l’IA se sacrifie.

 

Vous pouvez aussi proposer votre propre solution ou voter pour une solution qui a été proposée en commentaire !

 

Au boulot

Eric

 

Géopolitique dans les romans

La géopolitique est l’étude des interactions entre la géographie, les populations et les relations politiques.

Même si vous n’écrivez pas une histoire au focus international, mais dans une ville par exemple, vous gagnerez peut-être à poser un cadre géopolitique « local ».

Le principe est de localiser et caractériser les différents groupes et les dynamiques de leurs échanges (commerciaux, militaires ou autres influences).

Bien sûr, vos personnages peuvent être directement touchés par la géopolitique. Un thriller géopolitique, sous l’Empire Perse par exemple, pourrait montrer comment un roi vaincu est assimilé par l’Empire et devient vassal : alors qu’il est envahi, il se sert de l’Empire pour envahir son propre voisin et récupérer un territoire au-delà du fleuve disputé depuis des générations.

Sans aller jusqu’aux mouvements stratégiques, la géopolitique peut s’ancrer dans votre histoire par les représentations : un lieu peut être symbolique. Un peuple peut être redouté.

Telle loi peut connaître des exceptions dans des villes franches…

Pour Montesquieu, par exemple, le climat influence les habitants et leur façon de vivre et donc leur politique. Les Africains s’échauffent vite. Les Européens du nord sont froids. Vous voyez le topo. Et le climat français ? Idéal pour la politique…

Oui…

Bon, au-delà du stéréotype, se poser la question pour votre roman permet de mieux caractériser les groupes et d’enrichir vos intrigues.

Faut-il faire une carte ?

Dans la plupart des cas, non.

Enfin, dans le roman final, j’entends. Bien sûr, faites-la pour vous y retrouver et vous poser les bonnes questions. Mais vous n’écrivez pas un manuel. L’histoire doit pouvoir se suffire à elle-même.

La carte décorative est un bonus, une sucrerie.

Oui, elle peut apporter une ambiance à la lecture : une touche réaliste ou technique, au même titre que la couverture dispose le lecteur à un certain genre.

Liste d’exemple à augmenter !

Vous trouverez ci-dessous une liste d’exemples inspirants en géopolitique, que vous pourrez adapter, déformer, transposer…

Ajoutez les vôtres en commentaire !

  1. Ouverture d’une voie, d’un pont ou d’un tunnel pour désenclaver une région
  2. Profanation d’un lieu sacré pour une exploitation minière
  3. Edification d’un mur tout le long d’une frontière
  4. Diversification de l’exploitation des ressources pour viser l’autarcie.
  5. Contrôle des passages obligés (cols, détroits, trous noirs…) par des péages ou équivalent
  6. Découverte d’un nouveau continent, de peuplades inconnues
  7. Flux de population et tensions générées : flux migratoires, exode rural…
  8. Colonisation : oppression, apport de technologie, mélange de culture…
  9. Accords commerciaux et concurrence
  10. Guerre Froide : bipolarisation internationale
  11. La Peste noire : entre 30 et 50 % de la population morte en 5 ans.
  12. Invasions Vikings en remontants les fleuves
  13. Construction d’un barrage, inondation d’une vallée
  14. Erection d’une île artificielle dans les eaux internationales
  15. À vous !…

 

 

 

 

 

 

Ecrire un Roman SF (thématique 2)

Pour voir la vidéo précédente cliquez ici : http://www.ecrire-un-roman.com/articles/non-classe/ecrire-un-roman-sf-1/

La transcription de la vidéo est plus bas ! >>>

Chers auteurs bonjour !

 

Suite à vos réponses, je continue cette expérience. J’écris avec vous pas à pas un roman de Science-Fiction autour de l’intelligence artificielle.

Si vous n’avez pas suivi le premier Atelier du Dimanche, je vous invite à le regarder avant pour bien comprendre d’où on part.

Vous avez plébiscité la thématique B :

  • 20 % pour A- L’intelligence artificielle ne sera jamais humaine
  • 70 % pour B- La morale ne pourra jamais être codée par une Intelligence Artificielle
  • 10 % pour C- La technique peut se retourner contre l’inventeur qui n’y prend pas garde

Je prends donc cette thématique qui tourne autour de la morale.

Nous allons prendre ce virage mais nous n’allons pas abandonner pour autant les autres domaines.  Ce que je veux dire par là, c’est que, oui, la conclusion de notre histoire sera bien autour de la morale, c’est désormais notre thématique principale, mais nous toucherons forcément aux deux autres questions, au moins dans la préparation.

 

J’ai déjà fait quelques recherches sur l’Intelligence artificielle, j’en ai rapidement parlé la semaine dernière.

Il faut maintenant que je creuse davantage le domaine de la morale.

Mon passé de prof de philo m’aide, bien évidemment, mais si je n’avais pas été au clair, il aurait suffit de faire une recherche sur Internet pour débroussailler la question de la morale, afin de voir comment la lier avec l’intelligence artificielle.

La morale

Il y a de nombreuses conceptions de la morale.

Je retiens trois écoles, qui se distinguent par l’objet de la morale, c’est-à-dire leur but affiché.

 

Empiristes (tout ce qui donne du plaisir est bien ou tout ce qui est utile est bien) :

Stoïcisme, Kantisme (Vertu –  Devoir : « il faut parce qu’il faut »)

Aristotélisme (Bonheur : « tout acte humain est finalisé par le bonheur »)

 

On pourrait bien sûr en ajouter d’autres.

Je simplifie exprès. Pas seulement pour la vidéo, mais aussi pour le roman. Je suis à un niveau de focus où je ne vais pas entrer dans les détails de telle ou telle morale. On pourrait y passer des années !

Le but de cette recherche n’est pas de devenir moraliste. Je ne suis pas en train d’écrire une thèse de philosophie.

Par contre, je dois pouvoir prendre parti dès cette phase de l’écriture.

Autrement dit, la recherche que j’ai faite doit me permettre de me faire ma propre idée. Tant pis si je découvre ensuite que ma pensée a évoluée. Enfin, ça dépendra du stade de mon histoire. On pourra toujours atténuer telle ou telle position. Mais il est important de choisir rapidement un cap et de le tenir. Et rien n’empêche ensuite d’écrire une autre histoire qui dira la chose plus précisément.

Je pense donc axer ma thématique en mettant en balance les différentes morales pour favoriser la morale aristotélicienne.

La morale empiriste servira juste à amorcer la balance, la morale du devoir permettra de la dépasser et s’opposera à la morale du bonheur.

Mais… Hum. Je vais peut-être déjà un peu loin. Cela arrive souvent quand on avance dans les recherches. On précise trop vite, on s’emballe et on risque de perdre de vue le cap qu’on s’est donné.

Le mieux est donc de revenir à notre thématique telle que nous l’avions posée — et telle que vous l’avez choisie — pour évaluer ce que je viens de sortir.

 

La morale ne pourra jamais être codée par une Intelligence Artificielle

 

Remarquez, c’est encore très abstrait et le lien entre les l’intelligence artificielle n’est pas encore vraiment manifeste.

Pourquoi s’était-on lancé dans la morale au fait ?

Ah oui. Les robots dotés d’intelligence artificielle doivent pouvoir juger si un homme doit vivre ou mourir. Du coup il faut leur apprendre la morale.

 

D’accord. Mais il se pose au moins deux questions à ce sujet :

Quelle morale va-t-on coder ? Et comment pourrait-on la coder ?

 

Quelle morale va-t-on coder : on retrouve les différentes écoles du début. On pourrait d’ailleurs facilement dramatiser cette question.

Puisque l’intelligence artificielle est une arme qui peut se retourner contre les humains, on peut imaginer une sorte de comité international chargé d’apprendre les règles morales à l’IA, avec une vraie guerre de chapelle.

On pourrait imaginer plusieurs communautés d’intelligence artificielle, où les principes moraux ne seraient pas les mêmes, pour pouvoir tester à grande échelle, dans une sorte de laboratoire géant…

Par exemple, la société du devoir aspirerait à une application de la loi stricte. Ce serait la tyrannie de la raison pure, où l’homme serait tutoré par les machines. La société empirique serait une société où les robots satisferaient chaque désir de l’homme, essayant de préserver un équilibre explosif.

Bon, c’est un peu tarte à la crème, mais c’est l’idée. On creusera plus tard au-delà des stéréotypes.

Avant, il faut bien poser le vrai problème central : la morale peut-elle seulement être codée ?

Je sais que je veux répondre non, mais il faut encore que je vous dise pourquoi.

Il y a deux éléments essentiels dans la moralité d’un acte : il y a tout ce qui est du domaine des règles universelles comme « il faut faire le bien et ne pas faire le mal », mais aussi des règles plus précises, plus proches des actions individuelles comme le cas de la légitime défense : « je dois empêcher celui qui menace de me tuer, même s’il faut le tuer à mon tour ». Tout cela fait partie de la science morale qu’on pourrait apprendre à une machine.

Seulement, on ne peut pas aller jusqu’au cas singulier. D’accord, la légitime défense est un acte moral. Mais que faire dans telle ou telle circonstances précises ? Ces règles ne sont là que pour nous éclairer notre conscience morale. Mais ces règles ne vont pas trancher pour nous, ni nous faire persévérer. On ne peut pas déduire mathématiquement l’acte moral.

 

Ce qui permet de faire un jugement bon, c’est ce qu’on appelle la vertu de prudence, qui nous fait juger et vouloir sans défaillir ce qui a été jugé bon. Cette vertu est une force qui ne peut être que spirituelle. Autrement dit, ce n’est pas lié à la matière du corps. Pour faire simple, ça dépasse la capacité du cerveau et à plus forte raison, ça dépasse la capacité de l’IA.

Et c’est précisément cette pointe spirituelle – qui dépasse la capacité de la matière – qui permet la moralité de l’acte.

 

Voilà donc pour résumer : l’Ethique comme science pourrait être codée par une machine, mais l’intelligence artificielle ne pourra jamais accéder au jugement moral proprement dit.

La seule chose qu’elle pourrait faire serait une sorte de catalogue de tous les actes bons dans certaines circonstances. Une sorte de jurisprudence incroyable qui permettrait d’avoir un éclairage très fort, mais qui ne pourrait pas aboutir à une vraie décision morale.

Elle pourrait singer la décision morale.

Bien, j’ai un peu mieux défini ma thématique. C’était un peu abstrait… et surtout un peu rapide. Mais je n’ai pas trop le choix avec ce genre de format vidéo. On y reviendra encore dans le prochain Atelier du Dimanche, mais on commencera aussi à la concrétiser dans une histoire. Et je vous en proposerai plusieurs pour que vous puissiez choisir.

 

Au boulot !

Eric

Le choix de l’auteur

« Bonjour,
Je suis une amatrice de l’encre sur papier ^-^ et je suis bloquée non pas parce que je n’ai pas d’idée mais tout le contraire. Pleins d’idées me viennent mais je ne sais pas comment les choisir. Lorsque j’ai une idée plus ou moins fixe, mon imagination s’amuse à me donner encore plus d’idées ! et je me retrouve encore coincé -_- »

Maeva

 

Chez les auteurs, c’est un serpent de mer.

C’est un refrain dans les Lettres du Dimanche.

La répétition sert la pédagogie, alors je n’ai aucun scrupule à redire encore et encore la même solution.

 

À vrai dire, plus un auteur avance, plus il est confronté à cette réalité.

Ce qui façonne un auteur, ce n’est pas l’abondance de son imagination.

Ce n’est pas non plus sa grande érudition.

Ce n’est même pas l’étendue de son vocabulaire.

 

Comme tous les artistes, l’auteur se définit d’abord par sa capacité de poser un jugement singulier.

Déterminer ce thème. Évaluer cet axe dramatique. Croquer ce personnage. Ciseler tels et tels détails concrets. Choisir chaque mot.

 

Alors, bien sûr, au début, on galère, on déborde, on patauge, on coule.

 

Quand on apprend le piano, on reste planté devant les touches comme une poule devant un couteau — non, parce qu’en plus ces saligauds n’ont même pas mis une touche noire après chaque touche blanche. Comment voulez-vous vous y retrouver, hein ? Alors quand il s’agit de savoir laquelle appuyer au moment opportun…

 

Pour l’écriture, c’est pareil.

Non, c’est même pire.

Car on CROIT savoir raconter des histoires parce qu’on s’en est gavé.

Au moins, face à un piano, on reste humble.

 

Ben oui, voyez-vous, un jeune lecteur est déjà expert en histoires. Il vibre comme une feuille aux émotions, il devine les moindres sous-entendus, même ceux qui n’ont pas été prévus…

 

Alors on se dit qu’en écrivant comme on lit

 

Sauf que ça ne marche pas. Cette fausse croyance alourdit le travail.

Ou plutôt le gêne, l’aveugle.

 

Le lecteur goûte les choix de l’auteur… Mais il ne les choisit pas lui-même !

Passer de l’autre côté appelle la décision.

Et ça s’apprend.

 

Comment ?

Très simplement.

En passant à l’acte puis en évaluant son choix.

Encore et encore.

 

Tenez, par exemple, dans le premier Atelier du Dimanche j’ai proposé 3 thématiques assez proches. J’aurais pu en proposer une dizaine autour du même thème, dans des directions très différentes. Mais je voulais vous laisser choisir dans un mouchoir de poche (d’ailleurs vous pouvez encore le faire en commentaire, je vais bientôt commencer à travailler la suite : https://youtu.be/qiYR9Wlmsj4).

 

Oui, votre choix est déjà cadré par les miens.

J’ai choisi le genre Science Fiction.

J’ai choisi le thème de l’intelligence artificielle.

Et si je vous ai sollicité pour aller encore plus loin dans la concrétion thématique, remarquez bien que je vous ai déjà formulé les propositions. Je ne me suis pas contenté de poser les problèmes : j’ai même tranché une conclusion pour chacune !

 

Attention, ça ne veut pas dire que j’ai une idée pour la suite.

Très franchement, je ne sais pas où ça va nous mener. Je sais juste comment avancer. Et c’est mon but de vous le montrer.

Pour avancer, il faut choisir un but. Et garder le cap d’une poigne d’acier.

 

Quand vous aurez élu votre thématique favorite, les autres options seront éliminées et ne pourront plus devenir la thématique principale de cette histoire.

Je sais que je ne reviendrai pas dessus parce que ce serait reculer.

Je sais que je serai sûr de notre choix, parce que je l’assumerai.

 

Plus on juge bien, mieux on juge.

Tout l’enjeu du travail d’écriture, c’est de perfectionner vos choix, leur vigueur et leur constance. Évidemment, les outils dramaturgiques sont là pour vous y aider. Les histoires se forgent à la logique autant qu’à l’émotion.

 

Mais quand un auteur bloqué se perd dans ses options, c’est souvent qu’il a oublié de choisir. Alors je le force à poser son choix, jusqu’à le rudoyer parfois.

 

Souvent, il faut remonter d’un cran pour expliciter l’intention et simplifier. Parfois, il faut aller jusqu’au pitch, même si les premiers chapitres sont déjà rédigés : en une phrase, quelle histoire voulez-vous raconter ?

Alors, on jette avec violence un brouillon sauvage, on gribouille en quelques traits l’histoire brute.

On sue, on vitupère, on s’exclame !

Le pitch s’étire, s’étale, s’épuise sur la page.

Je reviens à la charge : il faut encore trancher dans le vif !

Un vrai champ de bataille.

Quelle pauvreté abstraite que ce pitch ! Il manque ceci, cela est en trop. Autant couler l’océan dans un dé à coudre !

 

Ah ! Serais-je donc sadique d’apprécier bouillir ainsi les viscères des auteurs ?

 

Non bien sûr.

Car je sais que le travail, l’effort d’accouchement, n’est jamais vain.

Toujours, il en sort une merveille en puissance.

Oui, en puissance, car, soyons honnête, sauf pour la maman, un nouveau-né couvert de sang, déformé par le démoulage, est rarement beau. Attendrissant, peut-être, parce qu’on rencontre un nouvel être tant attendu. Mais le meilleur est à venir. Il va grandir, se renforcer, s’éveiller, se déployer et s’élever enfin, pour autant qu’on prenne soin de lui.

Voilà donc votre rôle d’auteur !

Perfectionnez votre jugement.

Au boulot !

 

Eric

P.S. Je ne vous en ai pas encore parlé ici car je pensais l’affaire pliée d’avance, vu la grande qualité du projet — je connais bien le capitaine, pour avoir baroudé avec elle dans plusieurs eaux tumultueuses. Et j’avais raison d’anticiper le succès, puisque l’objectif a été largement dépassé depuis quelques jours. Ce n’est donc pas une bouteille à la mer, mais la proposition d’une folle aventure. Il ne vous reste que quelques jours pour embarquer :

https://fr.ulule.com/editions-la-caravelle/

P.P.S. Vous êtes déjà nombreux à avoir répondu au grand sondage sur un roman participatif. Merci ! Si ce n’est pas encore fait voici le lien où vous signaler (c’est gratuit) : http://www.ecrire-un-roman.com/articles/ma-plume-ma-muse-hors-serie-sondage/

 

 

Ecrire un Roman SF (thématique 1)

Bonjour à tous, je me lance dans un exercice délicat : vous ouvrir mon crâne en train d’écrire un roman de Science Fiction !

C’est l’Atelier du Dimanche.

Trouvez l’épisode 2 ici : http://www.ecrire-un-roman.com/articles/non-classe/ecrire-un-roman-sf-thematique-2/

Et la transcription est en dessous, bande de veinards. 😉

 

Chers auteurs bonjour,

Dans cette vidéo je vous partage comment je creuse une idée de roman de Science Fiction à partir de zéro. C’est un concept un peu différent des Bouffées d’écriture, ou du moins une série parallèle, car je pense développer ce roman, enfin plus exactement vous montrer différentes phases d’écriture réparties en quelques vidéos.

Donc, pour le moment, je ne pense pas en faire réellement un roman.

Ça va être différent des Bouffées d’écriture aussi parce que je ne vais pas expliquer la méthode.

Si vous avez besoin d’éléments sur la méthode, je vous renvoie vers les Bouffées d’écriture et vers commentecrireunlivre.Fr.

Bon, c’est un essai, alors n’hésitez pas à me dire en commentaire ce que vous en pensez sincèrement. Le but c’est quand même que ça vous soit utile, hein !

Alors, je vais partir d’un article de cet été qui m’avait marqué. Ça parlait de la menace des robots tueurs. Et on va voir ce qu’on pourrait trouver comme histoire à partir de ça.

C’était une lettre ouverte d’une centaine de chefs d’entreprises dans la robotique, l’intelligence artificielle et toutes sortes de techniques de pointe, dont Elon Musk, le fondateur de Tesla et de SpaceX, qui demandait à l’ONU de s’opposer aux recherches sur les « robots tueurs », c’est-à-dire des armes autonomes

Je vous mets le lien en description.

https://futureoflife.org/2017/08/20/killer-robots-worlds-top-ai-robotics-companies-urge-united-nations-ban-lethal-autonomous-weapons/

Pourquoi les robots tueurs sont-ils un problème ?

C’est une arme de destruction terrible, très efficace.

Mais aussi se pose le problème de la décision.

 

Comment va décider le robot si quelqu’un doit vivre ou mourir ?

QU’est-ce que l’IA ?

Comment ça se passe ?

Les neurones virtuels sont interconnectés. Ils forment comme une toile, mieux, plusieurs couches de tissus reliés entre eux.

Individuellement, un neurone virtuel est assez simple, il réagit de manière binaire : par exemple, il va s’allumer dès que son voisin de droite s’allumera et dès que son voisin de gauche s’éteindra.

C’est l’ensemble du réseau qui permet de faire des tâches complexes.

On va nourrir la machine avec des données pour un problème précis.

Par exemple, « comment reconnaître un chat ».

On lui donne donc un maximum de photos de chats et on lui dit, que ce sont des chats.

Une fois que l’apprentissage est suffisant, la machine est capable de reconnaître les chats.

Bon, elle peut faire des erreurs, mais là aussi, il peut continuer à apprendre.

De cela, je retiens deux choses pour mon histoire.

L’intelligence artificielle est capable d’erreur.

L’intelligence artificielle dépend dans son principe de l’homme, mais après n’a plus besoin de lui.

Elle est dépendante des informations qu’on lui donne : si l’opérateur qui lui montre les chats lui glisse aussi un chien tout en lui disant que c’est un chat, la machine aura un biais.

Ou bien si tous les chats sont sur des coussins, dès qu’il verra quelque chose sur un coussin, elle pourra peut-être croire que ce qui est sur le coussin est un chat.

Bon, quand je dis « enseigner » en réalité c’est assez métaphorique. De même quand on parle d’intelligence artificielle, il ne faut pas se méprendre. Ce n’est pas réellement une intelligence au sens où on l’entend.

D’ailleurs, je pense qu’une bonne partie de la problématique pourrait tourner autour de ça.

Je note :

Intelligence artificielle vs Intelligence humaine

La conclusion serait que non, il y aura toujours un gap de nature entre les deux. Il faudrait évidemment développer, mais ce n’est pas encore le moment. Pour l’instant, je jette plusieurs thématiques possibles.

Notez au passage qu’il y a déjà beaucoup d’histoires qui tournent autour de cette problématique. Mais ce n’est pas grave. C’est même plutôt rassurant. L’important, c’est que ça me motive suffisamment et que ça corresponde à l’histoire que je veux raconter.

Cela me donne une idée pour le roman.

On pourrait raconter l’histoire d’un comité d’éthique, des sages, qui seraient chargés d’enseigner à la machine le bien et le mal.

Ça préciserait la thématique « IA vs Intelligence ». Ça la déplacerait sur le terrain de la morale :

Peut-on coder la morale ? La morale est-elle une simple somme d’interdits ?

La morale est-elle une simple somme d’interdits ?

La réponse serait non. Mais là encore, ça serait à développer.

En réfléchissant, c’est toujours l’homme qui est au principe de l’édifice. Qui en est la source.

Evidemment, rien n’empêche qu’il soit dépassé. Comme quand on a inventé la machine à vapeur pour dépasser les capacités musculaires.

La machine à calculer qu’est l’intelligence artificielle permet de démultiplier, de dépasser en rapidité et en qualité ce que l’homme était capable de faire.

Mais la machine peut tout à fait se retourner contre l’homme, comme on peut avoir un accident de voiture.

Sauf que là ça ne sera pas juste un accident de voiture.

 

Ça pourrait être une autre thématique :

La technique qui se retourne contre son inventeur qui n’y prend pas garde.

La technique qui se retrourne scon te quan dilssleglalskdr

L’arroseur arrosé si vous voulez.

 

Bon, ça fait déjà trois grandes directions.

Ah ben tenez, c’est vous qui allez choisir : votez pour votre thématique favorite.

 

  • L’intelligence artificielle ne sera jamais humaine
  • La morale ne pourra jamais être codée par une IA
  • La technique peut se retourner contre l’inventeur qui n’y prend pas garde

Votez en commentaire, cliquez sur le pouce bleu si vous avez aimé cette vidéo.

Au boulot !

Eric

Ecrire sa vie comme un Roman

Suite à la dernière Lettre du Dimanche, la quasi-totalité des questions que vous m’avez posées tournent autour d’un sujet très précis.

Ce n’est pas la première fois qu’une telle conjonction arrive.

D’ailleurs, certains me demandent parfois comment je fais pour lire dans leur pensée ou si je les espionne, car la Lettre du Dimanche répond précisément à LA question qu’ils se posaient la veille et, selon leurs dires, les motive, voire les délivre !

Il y a, je pense, une raison profonde.

Nous ne sommes pas des îles isolées. Notre humanité est bien plus qu’une somme d’individus. Avant même Internet, nous sommes connectés.

Or, votre goût pour l’écriture vous ouvre une voie. Vous stimulez votre sensibilité. Votre inspiration plonge ses racines – plus profondément que vous l’imaginez peut-être. Cette immensité intérieure cache des trésors essentiels et spécifiques, des liens mystérieux qui vous rattachent aux autres.

Alors, quand vous vous confrontez à l’écriture d’histoires, les mêmes attentes fondamentales remuent, vous les sentez sourdre.

Mais ça n’explique pas encore la conjonction.

D’abord, je suis à votre écoute, moi aussi.

Croyez-le, c’est une véritable passion, qui m’éveille parfois la nuit.

Mieux encore : c’est une vertu que je travaille depuis des années.

J’ai d’abord passé 5 ans au séminaire : 5 ans à prier, à méditer, à m’ouvrir à la tendresse infinie, à me donner sans retour aux autres. J’ai assisté à de grandes souffrances, à la pauvreté, à des errances, aux joies simples, aussi. J’ai traversé des nuits mystérieuses, sans lune ni étoile, où l’empathie s’est creusée comme les vagues repoussent la falaise.

Puis j’ai scruté les profondeurs de la philosophie en université, de la psychologie, aussi. J’ai enseigné, un peu, à la lumière d’Aristote.

Et enfin, par la logique, je suis descendu au fond de la dramaturgie, dans la dynamique intime des histoires.

Alors, ce n’est pas une écoute dans le vide. Et je vous écris à vous, personnellement. Je pense que vous pouvez le sentir, si vous me suivez depuis quelques temps.

Et, non je ne suis pas télépathe (je préfère le préciser à ceux qui viennent de s’inscrire à cette Lettre du Dimanche !).

 

La raison de cette conjonction est à chercher un peu ailleurs :

… Ce rythme hebdomadaire…

… Ces sujets qui touchent au cœur, à l’écriture, aux histoires…

… Cet effort permanent pour scruter vos besoins d’auteurs…

… Vos confidences vibrantes, votre confiance incroyable …

… Et l’enthousiasme amical que vous me partagez en retour !

 

Voilà qui nous accorde, comme une respiration commune.

Oui, la communication véritable n’est pas une performance, ni un jeu d’acteur ou de marionnette.

Ça peut aider, bien sûr. Mais la technique extérieure n’est qu’une goutte d’eau comparée au brasier ardent qui brûle au fond de votre âme.

La vraie communication est bienveillance. Elle est générosité.

Remarquez, ce genre de conjonctions n’est pas exclusif aux auteurs. Regardez les innovations scientifiques, par exemple : il n’est pas rare qu’un éclair génial frappe au même moment deux scientifiques dans deux pays éloignés…

Et puis, il y a sans doute une raison bien plus élevée, car, comme l’a prouvé Aristote dans ses Physiques, le hasard n’est pas une cause.

Mais ce long détour a assez duré. Venons-en au sujet de cette Lettre du Dimanche.

Ecrire sa biographie

Elle doit répondre à ces auteurs qui veulent écrire leur vie.

Pour :

  • Exorciser les événements douloureux,
  • Objectiver leurs ressentis dans lesquels ils se noient,
  • trouver un chemin,
  • témoigner et partager aussi.

Avec tous les problèmes propres au genre autobiographique : doit-on tout dire ? et donc, doit-on tout se rappeler ? Dans le bon ordre ? Cela va-t-il être intéressant ? Mais les personnes concernées ne vont-elles pas se reconnaître (avec tous les risques relationnels et juridiques que ça peut entraîner) ? etc.

J’ai souvent été confronté à cette approche hautement sensible.

Avec Christie Bronn par exemple, qui a fait un travail remarqué dans son best-seller Eveille-moi, mêlant un thriller haletant et une romance où les errances d’une écorchée vive nous plongent dans le labyrinthe des relations nocives.

Avant tout, l’approche autobiographique partage le processus « normal » des autres romans.

En effet, on se pose la question du « doit-on-tout-dire-et-dans-quel-ordre », quelle que soit l’histoire.

Bien sûr, cette question se pose différemment ici, car l’auteur est dans une démarche de vérité. Il ne veut pas « inventer » une histoire puisqu’il l’a déjà vécue. Et, comme je l’ai dit plus haut, l’auteur veut s’en décharger : l’enjeu personnel est donc de ne surtout pas passer à côté en racontant autre chose !

Je prends bien en compte cela quand je dis que le processus est le même pour tous les romans.

Ce qu’il faut bien se rappeler, c’est que la vérité a de nombreuses facettes et que l’objectivité pure n’est possible qu’à de rares conditions.

D’abord, l’image que vous avez de votre propre vie est teintée. Vos souvenirs ne sont pas le fidèle reflet de la réalité passée. Ils ne sont même pas les restes de vos sentiments, comme si vous aviez pu les figer sur le moment pour les conserver dans le formol ou dans la pensive de Dumbledore.

Il y aura toujours une interprétation selon l’état du moment, selon les objectifs, selon les influences, etc.

Par exemple, l’historien ne pourra pas en rester aux indices ou aux preuves indirectes du passé. Il devra les relier, leur donner sens. Il devra justifier son raisonnement, mais sans jamais pouvoir le prouver avec certitude. Il aura toujours un biais.

Et ça ne se limite pas aux actions des hommes : un scientifique expérimental, un physicien qui prend les mesures d’une trajectoire par exemple, aura toujours des points qui sortent de sa courbe, c’est-à-dire des mesures qui contredisent plus ou moins fortement son hypothèse. Alors, il les laisse de côté, volontairement, en attendant mieux, plus précis. Car cette hypothèse, cette courbe, sont des projections mathématiques pour donner sens à un phénomène particulier.

 

Donner sens.

Voilà le premier travail à faire, quel que soit votre roman.
D’abord pour vous-même : que ce soit l’idée magmatique d’un monde étrange, une intrigue sordide dans les bas-fonds de Londres ou votre propre passé : vous devez puiser au plus profond et choisir ce qui est le plus signifiant, le plus important pour vous.

Cela demande d’affronter vos propres monstres. Pas ceux qui vous ont harcelé dans votre famille ou à votre bureau (eux, ils sont évidents… Cette semaine, j’ai d’ailleurs été touché par ce texte). Mais vos propres blessures, les plus intimes, celles-là même qui vous ont fait chuter, qui vous terrorisent, qui ont commandé des dizaines d’années d’errance, de barricades, et qui dessinent peut-être encore un futur qui vous échappe…

Car c’est là l’essentiel de ce que vous avez à donner.

Vous, votre propre faiblesse, mais aussi vos propres solutions.

 

La vraie communication est généreuse.

Si vous voulez vraiment toucher vos lecteurs, puisez à la source.

Ça ne veut pas dire qu’il faut que vos personnages vous ressemblent pour autant. C’est l’histoire dans son ensemble qui sera à votre image.

 

Cela entraîne les réponses aux questions :

Doit-on tout dire (et dans quel ordre) ?

Non bien sûr vous n’êtes pas obligé de tout dire. Il faut faire passer l’essentiel. Cela demande de faire votre propre tri. De toute façon, vous ne ferez jamais tenir les 525 600 minutes d’une année dans un roman, n’est-ce pas ?

Et puis, personne n’est derrière vous pour vous dire si vous avez loupé quelque chose ou si vous vous trompez sur tel ou tel évènement. C’est votre interprétation et votre façon de présenter ces événements.

Si vous avez un risque juridique (parce que certaines personnes sont visées), le mieux est d’avoir l’avis de votre avocat.

 

C’est pareil pour l’ordre temporel : si un ordre légèrement différent permet de mieux faire passer le message principal, choisissez-le.

Cela demande, évidemment d’avoir déterminé ce message principal, bien avant de commencer la rédaction et la structuration.

Cela va-t-il intéresser les lecteurs ?

Oui, si vous choisissez ce qui est intéressant et que vous la racontez de manière intéressante. Vous avez vécu des moments plus forts que d’autres. Choisissez-les. Un événement majeur portera votre intrigue et passionnera votre lecteur.

Et vous les dramatiserez, comme n’importe quelle autre histoire à raconter.

Dramatiser, c’est renforcer l’action intime des événements, la rassembler, la condenser, la distiller, la structurer et la présenter avec son maximum d’intensité.

 

Est-ce mentir ?

Non. C’est interpréter, présenter et raconter.

Vous ne voulez pas tromper : vous voulez faire passer votre message.

Prenez les moyens de le partager !

 

Au boulot !

Eric

***

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Un exemple de Mentor : le bébé

« Bonjour,

J’ai regardé la vidéo {comment créer vos personnages de romans} mais je n’ai pas compris en quoi un petit enfant peut devenir l’archétype du mentor.

Est-ce que tu as une boîte à outils sur les archétypes ou une vidéo qui me permettrait de mieux comprendre ?

Merci ! »

Marine

Imaginez un bébé avec une longue barbe blanche, regardant les étoiles avec sagesse, citant des sentences millénaires…

Vous le visualisez ?

Parfait.

C’est peut-être ça que certains s’imaginaient quand je parlais de « bébé mentor » dans ma dernière Lettre du Dimanche

mais ce n’est absolument pas ça que je voulais dire.

Heureusement que Marine m’offre l’occasion d’expliciter !

 

Ce qu’il faut comprendre c’est que l’archétype relève du rôle logique, de la position du personnage vis-à-vis de la « quête ».

Bon, ok, dit comme ça, c’est un peu abstrait et ça demande quelques prérequis (pour vous donner un ordre d’idée, je n’explique ça dans la formation Structurez votre Roman qu’à la 10e semaine, après avoir montré les fondements essentiels aux personnages et à l’intrigue).

Alors, prenons un raccourci en reprenant l’exemple du bébé « mentor ».

 

Je pars du principe que ce bébé est bien un bébé « normal » comme on les connait, avec des joues potelées qui babillent et des petits doigts de pieds qui bougent quand on les caresse. C’est la partie apparente du personnage.

Je choisis sciemment le bébé pour limiter les interactions, afin de ne pas être tenté de lui faire « dire » des paroles sages.

Pour l’exercice, donc, je veux lui donner le rôle de Mentor.

Bon, je n’ai pas encore de Quête, mais peu importe, je la trouverai plus tard. Je me concentre sur le rôle logique de mentor pour l’appliquer au bébé. Remarquez, ça peut très bien être le début d’une histoire : en creusant on pourra mieux évaluer l’idée.

Un Mentor représente la « conscience » de l’histoire. Il guide le protagoniste en montrant l’ordre.

Ce rôle logique, le bébé ne pourra pas le tenir activement. Il devra donc guider, montrer cet ordre par sa présence même.

Comment la présence d’un bébé peut-elle guider ?

Concentrons-nous sur le bébé. Je liste en vrac un certain nombre de caractéristiques plus ou moins propres au bébé :

  • il est fragile ;
  • il est dépendant ;
  • il est confiant ;
  • il est plein de vie ;
  • il peut être presque chauve ;
  • il ne parle pas ;
  • il ne peut pas se défendre ;
  • il a une grosse tête par rapport à son corps ;
  • on lui colle des couches aux fesses ;
  • il sait hurler quand il a faim ;
  • il regarde partout ;
  • il peut être attachant…

Il faudrait continuer.

Pour chaque élément, on pourrait trouver des rôles différents de Mentor dans une intrigue différente à construire autour.

Prenons par exemple la confiance absolue en celui ou celle qu’il connaît. C’est par là qu’il montrera la voie au protagoniste.

Remarquez, la Confiance est aussi l’apanage du Mentor. Je fais d’une pierre deux coups, ce n’est pas tout à fait gratuit.

Il faut maintenant que la Quête du protagoniste soit adaptée (oui, parce que je pars du bébé-mentor pour l’exercice, vous me suivez ?).

Quelle Quête pourrait coller avec l’ordre de Confiance ?

Qui serait le protagoniste ?

Cherchons l’histoire dans laquelle il trouvera son rôle. Où peut-on trouver des bébés ?

Dans une famille… OK. C’est la solution la plus simple.

Trouvons le protagoniste, celui qui porte la Quête.

Allez, prenons la mère.

La simple présence du bébé lui montrera à un moment précis qu’il faut faire confiance.

Elle doit apprendre à lâcher prise pour atteindre son but, en laissant faire ceux qui s’occupent d’elle.

Comme son bébé.

Le voilà, notre Mentor.

Bien sûr, il faut maintenant mettre en action cette confiance, pour que la mère prenne conscience de cet ordre.

Pour bien le contraster, il faudrait par exemple que la mère soit sur le point de « trahir » la confiance du bébé. Le mettre en danger. Peut-être qu’elle pourrait s’en vouloir.

Et elle se rendrait compte que lui, il ne lui en veut pas.

Qu’il garde une confiance absolue.

C’est un exemple un peu extrême, pour les besoins de la cause. Ce n’est pas réellement le bébé qui lui formule la voie qu’elle doit suivre, c’est elle qui en prend conscience face à son amour et à sa responsabilité. D’accord. Mais le rôle logique est bien là. C’est le bébé qui sert de mentor, par son existence même.

 

Un autre élément logique du mentor, c’est l’inertie.  On peut l’utiliser. Eh bien ! Le bébé s’opposera (passivement là encore) au changement trop brutal. Il a besoin de stabilité. Par exemple, des parents qui ne se séparent pas.

La mère pourra en tenir compte dans sa Quête… ou pas, si l’on veut qu’elle échoue.

Exercice : inventez un Mentor « Ombre » !

  1. Allez à vous : imaginez le résumé d’une histoire courte (trois paragraphes) avec un mentor dans la peau d’une ombre !  (vous avez carte blanche pour interpréter cette contrainte).
  2. Si vous êtes inspiré, rédigez aussi la scène où l’ombre joue son rôle de mentor (une scène un peu avant le climax, où le mentor met le paquet, avant le passage du subversif).

Postez-les ici en commentaire ou sur Facebook, (ou les deux) au choix !

 

AU BOULOT !

Eric

PS. Que pensez-vous de cette façon d’écrire les archétypes ?

 

Rêvez-vous vos Romans ?

Les rêves.

Kate me tanne pour que je vous en parle dans une Lettre du Dimanche. J’ai résisté plusieurs mois. Aujourd’hui, je rends les armes. 😉

Mais c’est de bonne grâce, à vrai dire, car le sujet est particulièrement savoureux pour l’auteur que vous êtes.

D’ailleurs, j’avais évoqué le sujet il y a plus d’un an (punaise… plus d’un an ! Ça en fait des Lettres du Dimanche… ça me donne le vertige).

Trêve de parenthèses, plongeons dans le rêve.

***

Je ne vais pas aller trop loin aujourd’hui car nous ne sommes pas tous égaux face à nos rêves nocturnes. Certains se réveillent et peuvent remplir des romans entiers. D’autres lèvent les épaules et avouent « qu’ils ne rêvent pas ».

La science a mis longtemps à étudier ce phénomène étrange. De sorte qu’on n’avait que l’aperçu subjectif, largement influencé par Freud et sa théorie de l’inconscient.

Il faut dire qu’étudier les rêves objectivement semblait difficile. On ne pouvait se baser que sur les souvenirs du rêveur. Autrement dit, sur sa propre interprétation, subjective.

Bien sûr, on savait planter des électrodes sur le crâne des dormeurs pour essayer de capter leur activité cérébrale… et encore : imaginez-vous dormir branché de partout ou sur un lit dur, sans pouvoir bouger… Alors, oui, on avait repéré les différentes phases de sommeil et on pensait que le sommeil paradoxal abritait les rêves…

D’autres pensaient que les rêves étaient générés en quelques instants par le cerveau au réveil La temporalité ne les gênait pas, le cerveau est capable de ce genre de prouesse : regardez ce dont il est capable quand vous regardez une BD. Quelques images suffisent pour raconter une histoire !

 

Aujourd’hui, on en sait un peu plus. Grâce à ceux qui font des rêves lucides : ils ont conscience de rêver et peuvent « communiquer » avec le scientifique grâce aux mouvements des yeux ou faire des actions précises dans leur rêve selon un scénario préétabli.

***

De ces recherches, on sait d’abord que nous rêvons tous, même un peu pendant le sommeil profond.

Ce qui est encourageant pour les moins bien lotis qui ne s’en souviennent pas (j’y reviens plus bas pour donner une marche à suivre).

 

Pendant un rêve, le cerveau est déconnecté du monde.

Enfin… pas complètement : comme je disais, on peut communiquer a minima. Par exemple envoyer des signaux lumineux à un rêveur : dans son rêve, la lumière ambiante changera au même rythme. Je crois d’ailleurs qu’il existe dans le commerce des lunettes qui captent les ondes cérébrales et émettent des signaux caractéristiques pour que le dormeur se rende compte qu’il rêve et entrer dans un rêve lucide.

Le cerveau rêveur fonctionne presque comme s’il était éveillé, excepté la motricité (on comprend pourquoi… les rêves étant toujours très mobiles, ce serait très dangereux de pouvoir bouger) et la planification (sauf pour les rêves lucides).

La censure est au repos.

L’imagination tourne sur elle-même, mêlant souvenirs brûlants, images chocs, musiques entêtantes, désirs bouillonnant dans son creuset fantasmagorique. La logique rationnelle n’a plus cours.

Les psychanalystes y trouvent la porte sur l’inconscient.

D’autres y voient une préparation du cerveau à l’activité du lendemain.

Les scientifiques ne connaissent pas encore vraiment son utilité.

Mais les auteurs, eux, peuvent y piocher des idées créatives.

Et c’est là où je voulais en venir, évidemment.

Que faire pour vous souvenir de vos rêves ?

Si vous pensez avoir un sommeil « sans rêve », c’est que vous ne vous en souvenez pas. Les rêves sont étroitement liés à la mémoire.

C’est bête, mais comment faites-vous pour vous souvenir de quelque chose ? Quand vous êtes éveillé, j’entends…

Hum ? J’en vois au fond de la classe qui ont justement des problèmes de mémorisation.

OK je sors la trousse de secours SOS Mémoire !

Hop !

Premier conseil :

Heu…

Ah mince j’ai oublié…

Bon, ok, il est trop tôt pour ce genre de blague.

La première chose à faire pour mémoriser est d’avoir le projet de se souvenir.

Oui, j’ai déjà parlé de cette projection au sujet d’un texte d’Hugo. On la retrouve souvent. C’est central dès qu’on touche au mental.

 

Avant même d’écouter en cours ou de lire la Lettre du Dimanche, si vous voulez qu’il en reste quelque chose, il faut vous mettre en tension mentale vers cet objectif. Vous représenter en train de retenir ce que vous allez lire ou entendre, pour vous en souvenir plus tard. Sinon, bah ça ne sert pas à grand-chose, voyez-vous ?

Eh bien pour les rêves, c’est à peu près pareil.

Oui, ok, dans un rêve vous n’êtes pas conscient. Les rêves lucides, c’est pas pour tout le monde (je vous souhaite d’en découvrir la fraîche liberté).

Alors comment faire ?

  1. Préparation mentale avant de vous endormir : dites-vous que vous allez être attentif à vos rêves. Soyez patient, ça ne viendra peut-être pas les premiers jours.
  2. Préparation logistique : placez un carnet, un crayon et une petite lampe (type veilleuse, ça vous permettra de vous rendormir plus rapidement ; ou votre portable fera l’affaire).

Si ça ne vient vraiment pas au bout d’une semaine ou deux, c’est que vous dormez trop profondément.

En effet, le rêveur ne se souvient de ses rêves que s’il se réveille quelques instants pour l’inscrire dans sa mémoire à long terme.

Alors essayez de vous réveiller en pleine nuit de week-end (4h ou 5h du matin), puis rendormez-vous. Votre sommeil suivant devrait être plus léger et vous vous souviendrez peut-être de vos rêves au second réveil.

L’idéal, évidemment, serait de connaître vos cycles de sommeil et de viser un réveil en cours de sommeil paradoxal. Certaines applications sur les smartphones le proposent.

  1. Une fois que vous vous réveillez et que vous venez de rêver, ne bougez plus. Littéralement (enfin, si, continuez quand même à respirer). Le rêve est souvent très volatile et il faut faire l’effort de se souvenir de l’ensemble pour le garder plus longtemps. Si vous changez de position, vous risquez de le faire partir. Je ne sais pas pourquoi. C’est du vécu. Si vous avez bougé, revenez à la position que vous aviez avant de vous réveiller. Et faites l’effort de reprendre les grandes étapes de votre rêve.
  2. Une fois que vous les avez accrochées, écrivez-les (quelques mots clés suffisent si c’est en pleine nuit). Puis rédigez votre rêve complet dans la journée.

Que faire de vos rêves

Il vous arrive sans doute de rêver des histoires abracadabrantes ? Ne les jetez pas trop vite !

Les rêves sont toujours chargés émotionnellement. Je pense qu’ils sont étroitement liés aux histoires, la logique en moins.

Un roman n’est pas une thèse. Bien sûr, il doit s’appuyer sur la logique. La plupart des histoires bancales se corrigent grâce à une structuration bien huilée.

Mais le feu qui l’anime, c’est l’émotion ! Tout doit y guider, s’y régénérer.

Dans le rêve, vous toucherez du doigt vos désirs profonds, vos passions tumultueuses les plus intimes.

Attention, cette énergie brute n’est pas encore une idée de roman, même si elle vous semble couler de source. Il faudra la purifier, la simplifier pour en extraire l’essence.

Encore une fois, un roman est un mélange subtil où l’émotion est servie par la logique. Si votre rêve vous parle, il faudra une bonne dose de travail conscient pour le structurer et le communiquer sous la forme d’une histoire.

 

À propos de travail…

Au boulot !

Eric

PS. Et vous, utilisez-vous déjà vos rêves dans vos romans ? Si oui, comment faites-vous ? Partagez en commentaire !

Nouvelles à Volonté !

La lecture fait partie de vos gênes, mais le temps vous manque ? Vous êtes affamé de surnaturel ?

Ce mois-ci, c’est comme une chronique, mais surtout pour votre bien !

Clôturons l’été en beauté avec ce festival de nouvelles  !

Votre roman est-il idiot ?

Idiot plot.

C’est le terme américain qu’a inventé Roger Ebert pour désigner des histoires contenant des problèmes qui auraient pu être résolu instantanément si les personnages n’étaient pas idiots.

Roger, c’était un journaliste, un critique de cinéma. Il a inventé d’autres concepts, mais celui-là m’intéresse aujourd’hui.

Si vous avez déjà conduit à la campagne, vous avez peut-être pu rouler pendant quelques longues secondes derrière une poule paniquée, qui restait sur la route. Quand on n’est pas pressé, ça peut être comique.

Certains personnages de films font ça aussi avant de se faire renverser, alors que le simple fait d’aller sur le trottoir aurait ajouté des obstacles à la voiture.

M’enfin…

Quand ce n’est qu’une petite scène, on oublie vite.

Mais quand TOUTE l’histoire repose dessus, ça devient un idiot plot.

C’est le cas de Harry Potter et l’Ordre du Phœnix, par exemple, qui a fait couler beaucoup d’encre.

Bon, si vous ne l’avez pas encore lu, vous pouvez faire semblant d’ignorer la liste ci-dessous (promis, je ne dirai rien) :

Pour rappel, Harry est un élève sorcier, de nouveau menacé par le terrible Lord Voldemort qui n’avait pas pu le tuer quand il était bébé.

À cause de ce premier assaut, les deux sorciers sont spirituellement liés. Au point qu’Harry commence à avoir des visions de ce que Voldemort voit. Dumbledore, vieux sage, directeur du college des sorciers, l’invite à suivre des cours d’occlumancie pour apprendre à fermer son esprit et éviter de s’unir avec Voldemort.

Le professeur désigné est Rogue, détesté par Harry.

 

Harry aurait pu s’éviter pas mal de soucis s’il avait agi à peu près logiquement. À commencer par écouter :

  • ses professeurs (Dumbledore & Rogue) lui « conseillant » de finir ses cours d’Occlumancie ;
  • Hermione qui sentait le piège venir (le piège consistant en des visions de son parrain Sirius en très mauvaise posture, pour que Harry se mette lui-même en danger) ;
  • Sirius, qui lui avait donné un miroir à double sens (un Skype version magique, si vous voulez). Ce miroir lui aurait permis de ne pas tomber dans le piège. (Ne cherchez pas le miroir dans l’adaptation cinématographique, il a été déplacé dans les épisodes suivants). D’ailleurs, Sirius ne lui rappelle pas non plus l’existence de ce miroir quand ils communiquent à travers le feu.

Bon, mais Dumbledore lui-même n’est pas mieux loti : il aurait pu prévenir Harry à peu de frais en lui conseillant de ne pas prendre ses visions trop au sérieux, sans pour autant lui révéler les secrets dont il voulait le préserver.

Et puis, honnêtement, ce bon vieux sage, qui s’est occupé d’ados une bonne partie de sa vie aurait pu flairer la difficulté quand il jette Harry dans les pattes de Rogue et simplement demander à ce dernier d’être un peu plus patient (l’enjeu était suffisant pour ça).

On accumule déjà pas mal de bourdes — il y en a d’autres dans le même tome…

D’un certain côté, c’est rassurant pour les auteurs : un idiot plot, ça arrive même à des auteurs renommés.

Oui, bien sûr, il faut poser un vrai grand problème, le structurer suffisamment pour éviter ces maladresses qui affaiblissent l’histoire et qui laissent un goût mitigé au lecteur (j’en parle longuement dans la formation Structurez votre roman ; le lien s’ouvre dans un nouvel onglet pour que vous puissiez continuer la lecture).

Pour autant, il ne faut pas non plus refuser systématiquement de rendre vos personnages idiots.

Pas par facilité d’auteur. Au contraire.

Si vous le présentez correctement, un « jeu de con » ou un travers psychologique devient passionnant car il renvoie à nos propres combats intérieurs.

Beaucoup de nos « choix » n’en sont pas, mais résultent de pulsions souterraines. Et il arrive souvent qu’on soit emprisonné par nos propres vices.

Certains psychologues vont même jusqu’à croire que la liberté n’existe pas.

C’est un jugement hâtif*, mais compréhensible devant la puissance suggestive, voire le contrôle de nos passions.

Raconter comment le personnage principal se prend les pieds dans le tapis à cause de ses vices permet de nous faire prendre du recul et nous fait aspirer à notre propre liberté.

 

Le problème des idiot plots est de laisser le lecteur en dehors. Il n’a pas accès aux causes qui font agir le personnage de manière illogique.

Attention, il ne s’agit pas de verser dans la psychanalyse de vos personnages.

Quelques indices suffiront au lecteur pour entendre sourdre les profondeurs passionnelles.

Au boulot !

Eric

 

* La psychologie expérimentale n’a pas les moyens de statuer de la liberté, sans verser dans la philosophie, c’est-à-dire sans sortir de son champ de compétence. Donc quand un psychologue parle de liberté, il ne fait plus de psychologie (c’est son droit, hein !). C’est comme si je prenais une passoire pour racler le fond d’un ruisseau : j’en tirerais toutes sortes de graviers et de pierres, mais je ne pourrais pas dire sans mentir « vous voyez bien que l’eau n’existe pas ! »

En philosophie, on peut prouver l’existence de la liberté par l’existence de l’intelligence (capacité d’abstraction). Mais ce serait un peu long à développer ici !

Le chemin de votre roman de l’éditeur au libraire

La question lancinante revient comme la marée : comment ça se passe après avoir envoyé votre roman chez un éditeur ? Comme il fait beau, il est temps d’y sauter à pieds joints.
Avant tout, un petit rappel schématique du processus par lequel votre roman doit passer avant d’arriver dans les mains de votre lecteur. Le chemin peut être plus ou moins complexe selon les maisons d’édition, mais vous retrouverez globalement ces grandes étapes :

Sélection… et mise en vente

Votre tapuscrit est envoyé à l’éditeur, soit par email soit en format papier.
Il est évidemment préférable de se plier à ses recommandations, que vous trouverez si vous cherchez un peu (sur son site par exemple). Je vous glisse quelques conseils de bon sens (<= cliquez sur le lien).
Avant même d’être proposé à un comité de lecture, votre roman est rapidement sondé (une page ou deux au hasard) pour voir s’il est correctement fagoté (en gros s’il y a des fautes d’orthographe et si c’est lisible).

 

S’il passe cette première barrière, les lecteurs du comité vont l’analyser selon une grille propre à la maison d’édition. Le verdict peut admettre plusieurs degrés : soit le manuscrit est refusé, soit il demande des modifications avant nouvelle soumission, soit il continue son chemin, jusqu’à l’acceptation et la proposition d’un contrat d’édition (je parle ici exclusivement des contrats d’édition, pas de compte d’auteur ou à moitié où la sélection est quasi-nulle).
Dès cette étape, si la maison d’édition a un diffuseur, le projet de livre est vendu aux libraires par les commerciaux (quelques mois avant sa sortie, même si le livre n’est pas encore maquetté). Ils ont un argumentaire d’une page qui présente tous les atouts du livre (détails techniques, synopsis, bio de l’auteur, projet de couverture, etc.).

Correction

Parfois, la correction peut comprendre une réécriture un peu plus profonde, confiée à l’auteur selon des recommandations de l’éditeur. La correction ortho-typographique est ensuite confiée à un correcteur professionnel, qui pourra également apporter des suggestions stylistiques.

Maquettage

Une fois le document propre, il est envoyé à un graphiste d’édition qui le mettra en page selon les spécifications de l’éditeur et les règles de l’art. Comme il passe sur un logiciel professionnel, il part d’un texte brut sans mise en forme et reportera les italiques, graisses, illustrations, notes…
=> Ce passage est à bien retenir : ce n’est pas à l’auteur de mettre en forme l’ouvrage. Votre tapuscrit doit donc avoir une forme simple, sans fioriture (cf.  conseils de mise en forme).
La couverture est conçue en parallèle. L’auteur peut toujours apporter des suggestions, mais c’est d’abord l’affaire de l’éditeur qui définira aussi le titre pour qu’il soit accrocheur (le contrat stipule généralement « titre provisoire » pour signifier que le titre peut changer jusqu’à cette ultime étape) et qui écrira la 4e de couverture (de l’autre côté du livre quand vous regardez la couverture principale).
=> Là encore, passage à retenir : vous n’avez pas besoin de pondre une couverture pour présenter votre tapuscrit.
L’auteur reçoit enfin un BAT (« bon à tirer »… rien à voir avec le superhéros nocturne) soit numérique, soit papier. Il peut proposer d’ultimes corrections. Généralement il doit le renvoyer signé (ou au moins donner son accord écrit par email quand le BAT est virtuel… mais tous les éditeurs que je connais sauraient s’engager sur parole).

Envoi à l’imprimeur

L’auteur n’a plus grand-chose à faire (… à part parler de son livre ce qui est un boulot énorme, en fait). Si le livre est imprimé en grande quantités, il sera imprimé en offset (le livre sera d’abord gravé en négatif sur des rouleaux, ce qui coûte cher pour commencer, mais qui devient rentable quand on doit imprimer quelques milliers) ou bien en numérique (un peu comme l’imprimante de votre bureau, en « mieux »). C’est aussi le cas quand le livre est imprimé à la demande.

Mise en librairie

Si le livre est vendu auprès des libraires par un diffuseur qui envoie ses commerciaux, c’est le distributeur qui enverra les livres imprimés à bonne destination (et en bonnes quantité).
Voilà donc le petit chemin de votre roman.
Pour bien le commencer voici quelques conseils de bon sens pour préparer votre tapuscrit.
http://www.ecrire-un-roman.com/lettre-dimanche/envoyer-votre-roman-a-lediteur-conseils-pour-mettre-en-forme-votre-tapuscrit/

AU BOULOT !

Eric 😉

Envoyer votre roman à l’éditeur : Conseils pour mettre en forme votre Tapuscrit

Le plus importantissime : respectez la langue française, à commencer par l’orthographe. On vous aura prévenu ! C’est la première barrière avant même le comité de lecture. Ce serait dommage de perdre du temps…
Tapez-le (fort!) avec un éditeur de texte.
Si le format n’est pas précisé (ou plutôt si vous n’avez pas assez cherché), choisissez un format commun, de type Word, police Times New Roman 12, interligne 1,5, justifié, paginé (numéros de page) avec une marge d’au moins 3 cm sur le côté (pour pouvoir annoter).
Ne mettez JAMAIS en page votre roman avec des espaces ! Si vous voulez des alinéas (un retrait de première ligne pour les paragraphes) faites-le impérativement avec une mise en forme automatique de paragraphe (tant pis, épluchez votre logiciel éditeur de texte quelques minutes s’il le faut). Mieux vaut un texte propre et lisse qu’un bricolage dégueulasse.
Si vous voulez sauter à la page suivante pour commencer un chapitre, insérez un saut de page. (Vous pouvez aussi le faire automatiquement, dans la mise en forme des titres de chapitre).
Si vous l’envoyez par email, enregistrez-le en format .doc (Word). Vous pouvez le faire même avec OpenOffice.
Vous faciliterez le travail du graphiste d’édition ou de l’éditeur si c’est une petite maison d’édition… et ça pèsera dans son jugement initial. Le temps, c’est de l’argent. On n’a pas envie de payer quelqu’un pour faire le ménage chez vous.
Si vous voulez donner bonne impression, vous savez quoi faire :
AU BOULOOOOOOOT !

Eric

PS. Aujourd’hui, on a une faim d’Américain ! Venez nous préparer des petits plats (ou des grands !) avec Ma Plume Ma Muse ! http://www.ecrire-un-roman.com/articles/ma-plume-ma-muse-miam-lamerique/  (s’ouvre dans une nouvelle fenêtre, pour que vous puissiez aussi lire la Lettre du Dimanche.

Libérez votre écriture

Les auteurs ont parfois peur de l’engagement et en souffrent dans leur écriture.

Ce mal déborde largement l’écriture : les politiques retournent leur veste plus vite que leur ombre (en France, nous cultivons les girouettes… et cette année la récolte est particulièrement abondante), les divorces s’envisagent dès le mariage, et dans notre monde de consommation, les cartes de fidélité semblent les derniers vestiges de constance.

Plusieurs symptômes peuvent le manifester dans l’écriture : noyade dans des milliers d’idées, insatisfaction chronique, projet interminable ou inversement précipitation dans l’édition « à tout prix » (surtout le plus cher), procrastination, triste abandon…

Leur problème réside dans une faculté essentielle, qui leur permettrait d’écrire dans la durée et de sortir leur livre dans un temps raisonnable.

Cet élément fonde votre constance.

Mieux.

Il est au cœur le plus intime de votre humanité.

Cette faculté, c’est votre liberté.

 

On a souvent une idée faussée de la liberté.

On croit qu’elle se nourrit d’options, de choix possibles.

Et qu’elle dépérit dans la contrainte…

 

Rien n’est plus faux.

 

C’est même le contraire !

Les limites canalisent votre liberté.

C’est valable en créativité, mais aussi pour l’ensemble de la vie.

 

Pour vous épanouir, vous devez accepter vos limites pour vous élever, pour vous concentrer, pour vous améliorer.

A commencer par la plus mystérieuse des limites : votre propre mort. Oui, votre temps sur cette terre est limité et les secondes qui coulent ne reviendront plus.

Peut-être cette pensée vous effraye-t-elle ?

Dans ce cas, utilisez cette peur pour vous secouer, pour vous réveiller vraiment.

 

Pour vous rassurer, je pourrais vous prouver que l’âme est immortelle — Aristote l’a déjà fait avant moi et sa démonstration magistrale est certaine et personne tout au long des millénaires de philosophie n’a pu réellement la remettre en cause… mais ce n’est pas le sujet de cette Lettre du Dimanche.

Et puis, même si l’âme est immortelle, c’est dans cette vie que se déploie votre liberté.

 

Alors regardez autrement le temps qu’il vous reste.

Cette limite, ultime, terrifiante et désespérante au premier abord, vous recentre sur l’essentiel, sur ce que vous vivez maintenant.

Et il y a urgence d’y rester.

 

Car une fois qu’on se rend compte de sa première limite, il est encore très tentant de retomber dans la fausse conception de la liberté : « puisque mon temps est limité, je veux faire un max de trucs ! Faire des voyages dans tous les sens, vivre des sensations fortes ! PRO-FI-TER ! »

 

Oui… En réalité, c’est encore une impasse. Une fuite en avant pour mieux oublier.

 

Car la liberté ne se nourrit pas d’options, de multiples possibles.

Elle se bâtit par vos CHOIX.

Choisir, c’est s’orienter fermement. C’est se décider et accepter avec gratitude.

 

Si vous ne voulez pas tourner en rond, il faut tenir le cap !

Oui, parfois c’est difficile.
Et parfois, on peut se tromper.

Et c’est pour cela qu’il faut éclairer ses choix le mieux possible avant de se déterminer.

 

Certains choix, rares dans une vie, engagent toute la liberté.

Le mariage, par exemple.

Cette limite d’options (on ne choisit qu’une personne à laquelle on se donne entièrement pour la vie… et donc on refuse les 3 autres milliards de possibles), cette limite, donc, ne veut pas dire qu’on épuise sa liberté, au contraire.

On mobilise toute sa puissance.

C’est pour ça aussi que le divorce est un échec profond et douloureux, même quand il se passe « pacifiquement ».

On reconnaît par-là que ce choix « pour la vie » n’en était pas un :

  • soit que ce choix n’était pas libre (ce qui peut arriver, par manque de maturité, par une certaine inconscience, ou par manque d’informations sur l’autre) ;
  • soit que ce choix était un mensonge (mais ça revient à la première option) ;
  • soit que le divorce est une aliénation (celui qui avait posé le choix de se donner complètement nie sa propre liberté).

Remarquez, je ne parle pas de mariage religieux, mais bien de mariage profane. Et je ne condamne pas ceux qui tombent. Je compatis, plutôt. Beaucoup de « mariés » s’engagent sur une relation seulement amoureuse, comme un flirt adolescent. Et quand viennent les difficultés et que le plaisir immédiat s’évapore…

Au contraire, un mariage épanoui ne se fonde pas sur le seul plaisir d’être ensemble. Il se fonde avant tout sur un choix fort, éclairé et absolu, de cet autre qui fait le même choix réciproque. Et il se renouvelle tous les jours, se fortifie avec les années.

 

Ce choix définitif, c’est aussi celui des amis vertueux. Car la fidélité est le seul chemin qui permette d’être pleinement heureux, malgré les tempêtes, les tremblements de terre et les trahisons.

L’engagement de l’écriture est moindre, bien sûr. Il est bien moins grave d’arrêter un roman en cours que de divorcer. C’est sans commune mesure, puisque le choix n’est pas « pour la vie » mais « pour un projet qui doit finir ».

Pourtant, considérer l’extrême met en lumière l’intermédiaire.

 

Car dans l’art, il est bien aussi question de choix.

L’un des premiers à poser, c’est celui de son sujet : « Que voulez-vous écrire ? ».

Il serait imprudent de vous lancer dans une histoire de plusieurs centaines de pages — et de nombreux mois de travail — sans avoir une idée forte sur laquelle vous fixer.

 

Cette première étape est cruciale pour tenir dans la durée. Ne vous lancez pas trop vite, sous peine de vous retrouver un jour le ventre vide, à souffle court, dans un désert sans issue.

 

Prenez le temps de creuser votre idée et formalisez-la dans un pitch de travail.

Le pitch, c’est la graine de votre histoire.

Une phrase ou deux pour la contenir en puissance.

Autrement dit, ce n’est pas une étape à prendre à la légère.

 

Evidemment, si vous avez déjà des scènes très précises, des rebondissements savoureux, des personnages haut en couleur, vous allez ressentir un peu de frustration en cherchant à les fondre en une phrase, car ils disparaîtront sans doute. Vous pouvez toujours poser ces paragraphes, voire en faire de courtes nouvelles, si votre plume vous démange. Vous les garderez au frais pour la suite.

 

Une fois que vous vous remettrez à votre pitch, vous travaillerez en cherchant le principe qui les embrasse et qui les guide.

 

Une fois que votre première formulation est posée, prenez du recul et choisissez-le en toute conscience. Engagez-vous à développer CE roman, contenu en germe.

Encore une fois, ne prenez pas ce processus à la légère.

Ce n’est pas un simple rituel, c’est un acte de votre propre liberté d’auteur.

 

Ensuite, seulement, vous pourrez commencer à construire votre synopsis de travail.

Là encore, il s’agit d’une formalisation de votre histoire ENTIÈRE, la croissance naturelle de votre pitch.

Bien sûr, dans la formation Structurez votre roman, je montre des outils précis pour le faire. Mais même sans cela, vous tirerez de grands bénéfices à écrire un résumé complet de toutes les actions générales de votre histoire et leurs articulations (sur une page pas plus).

Là encore, il faudra le choisir fermement. Ce sont les fondations de votre roman : plus vous assumerez votre roman à cette étape, plus il sera stable.

 

Peut-être qu’au cours de ce processus, vous ressentirez le besoin de retoucher votre pitch.

Ne le faites qu’avec beaucoup de prudence.

Est-ce une simple précision ? Ou bien est-ce la tentation de raconter une autre histoire qui vous paraît plus intéressante ? Qu’est-ce qui motive le désir de changement ?

Il ne s’agit pas d’être rigide. L’engagement dans le pitch doit être suffisamment fort pour vous faire passer ce genre d’épreuve, mais il ne s’agit pas de passer à côté d’une idée puissante. C’est à vous de jauger, selon votre âme d’auteur, si ce détournement en vaut la peine.

Parfois, en parler à un auteur expérimenté peut aider à prendre du recul.

 

Quoi qu’il en soit, apprenez la liberté.

 

Votre vie d’auteur en dépend.

AU BOULOT !

Eric

Ma Plume, Ma Muse : Et si La Mort pouvait parler ?

— Coucou, Magali.

 — Salut, Gaëlle ! 

— Alors, quoi de neuf ?

 — Eh bien, je me demande comment faire mourir l’un de mes personnages en ce moment.

— Ah oui, carrément, c’est une vraie question… Ça dépend de beaucoup de choses finalement : le contexte, le genre de ton roman… mais ça reste une décision qui peut avoir des conséquences sur ton histoire, ce n’est pas un détail !

 — Exactement et je me demandais si je ne le ferais pas rencontrer la mort.

— La fameuse faucheuse ? C’est une idée intéressante, oui !

 — Non, en fait, je me disais que la mort serait différente de cette image que l’on a d’elle.

— Ah, d’accord ! Tu imagines peut-être une vieille femme un peu folle qui aime jouer un rôle comme dans « Beauté cachée » avec Will Smith ?

 — Peut-être… Je n’en sais trop rien, mais, du coup, je me suis dit que nos scribouillards pourraient m’aider, j’ai préparé un texte à trou, sur la mort et je leur propose de le compléter !

— Génial ! J’ai hâte d’entendre ça !

— OK, le voici donc :

 « On parle d’elle au féminin, mais qui est-elle ? La mort est… On  la dit sans cœur, pourtant derrière son allure…, elle aime… Ce qu’elle préfère dans son existence, c’est la lecture, elle a l’impression de vivre aussi à travers elle. D’ailleurs, son auteur favori, …, lui donnerait presque bonne mine. Les … sont ses histoires préférées. Elle n’aime pas les tragédies, d’ailleurs, elle en voit bien trop. Elle est attendrie par… et rêve de manger … en se promenant dans les rues de … . Parfois, quand elle va récupérer une âme ici-bas, elle pense à … . Elle aimerait qu’on l’appelle autrement, … par exemple, ça serait beaucoup plus sympa que la faucheuse, et qu’on l’imagine différemment du squelette vêtu d’une toge. Elle se crispe quand elle découvre dans un roman cette horrible description, alors qu’elle est plutôt…, ses cheveux…. dissimulent de façon opportune …., son regard …. pourrait … n’importe qui. Personne ne la voit et c’est bien dommage, mais il est vrai que l’un de ses petits plaisirs est de faire tomber des livres dans les vieilles bibliothèques. Elle espère de cette façon… Elle n’a pas vraiment d’amis, mais elle côtoie…. et leurs manières de … l’énerve au plus haut point, c’est surtout qu’elle est … Si elle avait pu faire un autre métier, elle imagine qu’elle serait devenue… »


 — Top ! J’adore, avec ce texte, on sent tout de même que « ta » mort est plutôt humaine !

 — C’est vrai, mais nos amis vont peut-être en faire toute autre chose !

 — Nous allons voir ça !

 — À vos plumes, à vos muses !

 

 

Tout ce que vous ne savez pas (encore) sur l’écriture de roman

Ah ! La grammaire…

Je vous avoue que je n’en garde pas des souvenirs émus.

Et ce n’est rien comparé à ce que subissent les élèves d’aujourd’hui, qui subissent les affres obscures d’une grammaire sèche et abstraite.

Bien sûr, l’étude est nécessaire, même si elle est aride parfois. Il faut apprendre car toutes ces choses pour beaucoup arbitraires, fructifient d’une riche tradition.

Intuitivement, le bambin se repère dans l’essaim des mots. Et avec l’aide bienveillante d’un adulte, à force de répétition, d’essais et d’erreurs, il dégrossit ses tournures.

L’école pose ensuite des fondations pour l’enfant, lui permettant de construire ses propres phrases, à l’ombre des plus beaux édifices de nos civilisations, érigés par les grands auteurs.

Plus tard, peut-être, l’analyse linguistique apportera un éclairage nouveau, intellectuel.

Mais pour aimer la grammaire et s’y épanouir, il y a sans doute un préalable : avoir goûté au plaisir d’écrire.

En effet, quand on écrit un roman, l’enjeu crucial est d’arriver à communiquer. Que le message transparaisse.

Dans ce but, le style et l’auteur s’effacent par une grammaire efficace.
Pour éviter les erreurs, d’abord.

Par exemple, si vous écrivez : « Il va mien. »

C’est une erreur, ça ne veut rien dire. Si vous ne la voyez pas, d’autres la verront… ils buteront, et surtout ils risqueront de ne pas comprendre ce que vous voulez dire !

Est-ce simplement une erreur d’orthographe au dernier mot ? Vouliez-vous dire « il va mieux » ou bien « Il va bien » ?

Ou encore est-ce une façon de dire « il va devenir mien » pour « il va m’appartenir » ? La plupart des lecteurs ne feront pas l’effort de deviner.
D’accord, cet exemple était un peu grossier. Trouvons plus délicat.

 

Que pensez-vous de cette phrase :

« Les soldats se rendirent au camp adverse. »

La phrase est correcte, il n’y a pas d’erreur.

Mais, mais, mais !

Les plus alertes auront remarqué la terrible ambiguïté du verbe « se rendre » : les soldats se sont-ils seulement déplacés dans le camp adverse ou ont-ils capitulé, déposé les armes ?

L’auteur qui ne maîtrise pas le sens de ses phrases est comme un bûcheron qu’on appelle pour une opération chirurgicale.

Toute la difficulté est de reconnaître qu’on ne sait pas assez: un biais cognitif entraîne un excès de confiance alors qu’on manque justement de compétence. Les moins qualifiés n’ont pas les moyens de jauger tout ce qu’ils ne savent pas.

C’est le fameux effet Dunning-Kruger, du nom des deux chercheurs qui ont testé des étudiants de psychologie : ces derniers devaient non seulement résoudre des problèmes logiques, de raisonnement, de grammaire, tester leur humour… mais surtout prédire leur classement dans le groupe.

Résultat : les étudiants les plus faibles se sont largement surévalués, contrairement aux meilleurs.

Le phénomène se retrouve partout.

Et ce n’est pas nouveau !

Déjà cinq siècles avant Jésus Christ, Socrate, père de la philosophie, disait : « ce que je sais, c’est que je ne sais rien. »

Et ce n’était pas un effet de style !

Plus on sait, plus on est humble devant ce savoir, car on se rend compte un peu mieux que ce n’est pas grand-chose.

Alors, où que vous en soyez, débutant, expérimenté ou maître de votre art, voici un chemin sûr, une disposition à chérir : faites comme les grands, soyez humble dans votre écriture.

D’abord, travaillez votre structure, améliorez votre narration, mûrissez votre style comme si vous aviez tout à redécouvrir.

Si un jour vous êtes satisfait de votre œuvre, réjouissez-vous, bien sûr, d’avoir réussi. Mais aussitôt souvenez-vous que si vous êtes meilleur que d’autres, d’autres encore culminent bien plus haut sous le firmament et qu’ils sont dans votre zone aveugle.

Alors, fréquentez les grands auteurs, apprenez-les par cœur, apprivoisez leur langue pour mieux les suivre.

 

En parlant d’humilité… s’il y a une chose qui nous rappelle notre finitude, c’est bien… notre propre mort !

On la cache si souvent aujourd’hui ; on voudrait même la faire disparaître à jamais. Et pourtant cette contrainte implacable nous concentre, nous rappelle au présent à vivre.

Puissiez-vous transformer chaque seconde en joie.

Et si votre écriture vous y aidait ?

Allez faire un tour du côté de Ma Plume Ma Muse ! Vous comprendrez pourquoi… 😉

Cliquez ici : http://www.ecrire-un-roman.com/articles/ma-plume-ma-muse…t-pouvait-parler/

 

Au boulot !

Eric

PS. Christine et Léona, des Éditions de la Reine, et votre humble serviteur sommes en train de régler les derniers détails d’un gros projet. Nous allons lancer une plateforme d’écriture. Ceux qui ont déjà suivi Ecrire & Fasciner savent de quoi je parle, ils ont déjà eu la première formation qui sera lancée d’ici une semaine ou deux sur un site dédié. D’autres formations suivront.

La pression moooonte !

Votre roman est-il en bonne santé ?

Deux auteurs m’appellent au secours pour un problème similaire : leur roman est bedonant, gidouillard, ventripotent, obèse !

Un roman qui déborde 400 pages est plus long à corriger, coûte plus cher à imprimer, fatigue la Poste… Un éditeur y regardera à deux fois avant de prendre le risque, surtout si c’est une première.

Mais d’abord, question cruciale : l’histoire est-elle en bonne santé ?

En effet, l’abondance de pages peut être le symptôme d’un épanchement d’auteur.

Cette tendance peut entraîner

  • des surcharges descriptives,
  • du diabète émotionnel
  • et même l’arthrose narrative…

Voici quelques soins généraux.

Attention cependant, tout traitement demande de la prudence et doit être précédé d’un diagnostic précis.

Renforcez le squelette

Pour porter un roman de 400 pages ou plus, il faut une structure à toute épreuve et une forme olympique !

Si vous n’avez pas fait ce travail, une radio s’impose, pour vérifier l’état du squelette : l’intrigue, la colonne vertébrale de votre roman, doit être arquée et en tension. Chaque vertèbre s’articule correctement l’une par rapport à l’autre pour permettre le mouvement général.

La radiographie de votre histoire, c’est votre synopsis de travail. Un résumé technique en une page qui met en valeur l’unité de votre roman et ses articulations.

Vérifiez le tonus musculaire

Vérifiez également la santé de chaque partie, sa dynamique, son émotion principale. Les mouvements contradictoires, oppositions d’émotions, doivent se répondre sans se crisper, ni s’annihiler.

Par exemple, si je veux montrer à la fois la peur et la colère de mon personnage, il faudra donner leur place à chacune, même si c’est en alternance, permettre à chacune de monter progressivement. Parfois une ou deux phrases suffiront. Parfois il faudra plus. C’est à vous de sentir.

Se poser la question de l’émotion principale (de la partie étudiée) permet souvent de repérer s’il y a carence.

Si c’est un « flou artistique » méfiez-vous-en comme du cancer !

Rythme cardiaque

Le rythme n’est pas une constante, il évolue naturellement avec les besoins dynamiques.

Plusieurs se télescopent : un large, comme la houle, de chapitres en chapitres ; et d’autres vagues plus serrées, à l’échelle de la scène. Et enfin aux paragraphes et aux phrases.  Il ne me semble pas opportun d’ajouter d’autres niveaux intermédiaires, sauf, justement, en cas de roman à rallonge (ou en cas de série).

Plus il y en a, plus c’est difficile à maîtriser et plus le synopsis de travail est nécessaire. Il faudra bien découper vos parties en sous-parties… et ainsi jusqu’à la scène. Chaque partie fera évoluer le rythme à son niveau. Et les sous-niveaux pourront être plus ou moins indépendants.

Par exemple, dans une grande partie où l’action fait monter la pression avec un rythme plus rapide que les autres parties du même niveau, vous pouvez choisir une narration ample. Cela amplifiera l’impression de profondeur, avec une histoire lente à première vue, mais où les retournements soulèveront les tripes comme des montagnes russes.

Inversement, un rythme général large peut être soutenu par une narration trépidante. Vous pouvez aussi choisir un rythme général à période courte, poussé à l’extrême par des sous-parties à haute fréquence.

Et si vous avez besoin d’une séquence léthargique (pas trop longue quand même… pensez à votre lecteur), injectez une dose méditative avec quelques gélules de contemplation descriptive ou de phrases à douce et longue langueur.

Opération chirurgicale

Ah ! Je suis contre la liposuccion.

Sur le corps humain, je veux dire.

En revanche, sur votre premier jet, ne vous privez pas !

Surtout si votre tendance est à la logorrhée, à la débauche scénaristique, à l’incontinence narrative, à la verbosité précieuse et alambiquée… bref, si vous en tartinez des tonnes sur les deux faces de la biscotte.

Oui. Facile à dire…

Regarder votre roman droit dans les yeux dans toute son imperfection, et de vous retenir de le jeter par la fenêtre… cela demande du courage.

Mais c’est pour le meilleur.

Là où le rythme nuit à votre histoire et que l’action traîne inutilement, tranchez dans le vif, récupérez tout ce qui est sauvable et jetez le reste.

Si la partie entière en sort bancale, pas de panique. Les éléments sains pourront peut-être réintégrés ailleurs. Ou alimenter une autre histoire.
Au boulot !
Eric

La mise en scène dans votre roman

Les auteurs ont souvent du mal à se projeter dans la mise en scène. Même quand ils ont un plan détaillé, voire un scène-à-scène très complet, ils évitent plus ou moins consciemment  cette étape en se précipitant dans leur narration, ou pire, dans le style, sans penser à la réalité de l’action.

A vrai dire, il ne s’agit pas seulement de « penser » ce qu’il va se passer, mais de le « concrétiser. » Il n’y a pas besoin de creuser profond pour imaginer l’action générale.

Mais c’est une autre histoire que de l’incarner.

La première chose à faire, évidemment : scruter l’action avec un « regard d’expérience. »

Vous racontez l’histoire d’un boulanger ? Il faudra mettre la main à la pâte, toutes les nuits.

Bon… Vous allez me dire que vous n’avez pas trop le temps ?

OK, les romanciers ne sont pas forcément docteur en médecine, astronaute, empailleur de dragon, psychopathe ET flûtiste (si vous l’êtes, merci de vous signaler uniquement par email, je ne reçois plus dans mon donjon, au cœur des Carpates normandes).

Nous sommes donc face à un dilemme, car un romancier DOIT pouvoir vivre ce genre de choses pour les raconter. Sinon, comment voudriez-vous le communiquer à vos lecteurs ? Ils sentiront que vous vous jouez d’eux, que vous ne savez pas de quoi vous parlez, que vous vous payez de mots, que vous agitez des concepts…

Heureusement, notre cerveau a une faculté superbe qui nous permet de ressentir ce qu’on ne ressent pas et jusqu’à l’irréel : l’imagination.

Attention ! Je ne parle pas de l’utiliser en doux rêveur.

Sinon vous retomberiez dans le travers que je viens de dénoncer, à ne pas vraiment vivre, expérimenter.

Il faut mobiliser toute sa puissance et la diriger précisément. Cela demande un effort de concentration et la direction de l’intelligence.

Car ce qui doit vous guider, c’est votre message, votre histoire.

Si le personnage marche dans la rue, je me coule dans la scène. Même si j’écris confortablement dans mon canapé, je me projette sous le soleil. Je ressens le poids de l’air étouffant, la poussière qui colle au cou et qui pique les narines…

Mais je ne m’arrête pas là.

Aussitôt, j’alimente ce ressenti avec l’état d’âme du personnage et sa propre façon de ressentir cette chaleur, pour ajuster ma future narration.

Car pour certains, elle ne paraîtra pas étouffante, mais sécurisante et bienfaitrice. Peut-être que mon personnage appréciera la brûlure sur ses épaules, comme si sa mère repassait sa chemise…

Si c’est un chaudronnier, qui travaille le métal en fusion tous les jours, aura-t-il la même perception ? Il en aura sans doute moins peur, il saura la « laisser glisser » sur son cuir et redoutera les courants d’air…

En vous posant de telles questions, vous pouvez modifier votre perception de la scène par analogie à votre propre expérience.

En effet, il vous est sans doute arrivé de vous sentir à l’aise quand d’autres avaient chaud ou froid. L’analogie permet de déplacer ce rapport, de changer d’échelle.

Tenez, un autre sujet d’analogie : les cultures

Quelle vision un Esquimau a-t-il de la vie ?

Et un Elfe marin ?

Pour éviter les images d’Épinal ou les stéréotypes, il faut se documenter suffisamment.

Quant aux êtres fantastiques, il est toujours possible de trouver des analogies avec des êtres existants.

Mais ce n’est pas l’objet de cette Lettre du Dimanche.

Une fois qu’on a bien réalisé, il est temps de la faire passer au lecteur.

Facile à dire ! Car tout n’est pas bon à raconter :seules quelques aspérités suffisent ! C’est là que le talent du romancier — et son travail surtout — montrent leur vertu.

Exercice du jour : un petit caprice !

Entraînez-vous avec le Ma Plume Ma Muse du jour, en mettant en scène un enfant.

Cliquez ici : http://www.ecrire-un-roman.com/articles/ma-plume-ma-muse-il-ny-a-pas-dage-pour-faire-des-caprices/

Au boulot !

Eric

PS. Certains ne reçoivent pas correctement la Lettre du Dimanche. Je suis en train de changer de système et il faudra que vous vous réinscriviez. Mais je vous en reparlerai très bientôt.

 

 

 

 

 

Ma Plume, Ma Muse : Il n’y a pas d’âge pour faire des caprices !?!

 

5 raisons d’imprimer votre livre

Qu’on gratte son carnet ou qu’on préfère caresser son clavier, il y a (au moins !) 5 bonnes raisons d’imprimer son livre. C’est le sujet de cette Lettre du Dimanche… et à la fin, je vous parlerai d’un « cadeau » qu’on vous prépare, rien que pour vous.

Sujet de la première nouvelle.

« L’album est presque bouclé, c’est l’dernier jour de mix 
J’arrive au studio pressé, fredonne quelques lyrics
Derrière la console Johnny l’ingé son prit par son absence
On a kidnappé XXX tout ça n’a pas de sens
Le mec du studio en sueur me dit qu’il a tout vu
3 gars cagoulés viennent de s’enfuir dans la rue
Ils ont relâché XXX ils voulaient pas prendre de risques
Mais ils ont volé les bandes, ils ont gardé mon disque
J’remonte dans ma caisse direct, je dois les retrouver
Mais ma voiture est fanée, les quatre roues sont crevées
Quelqu’un m’en veux c’est trop fort, j’vais pas courber l’échine
J’ai besoin d’un peu de renfort et j’appelle Jean-Rachid
Puis j’appelle d’autres potos, Fad et son taxi-moto
Un texto a [deux mots ?] presto car il nous faut du costaud
Mais mon forfait peut respirer, pas le temps de le consommer
J’reçois un coup derrière la tête et je tombe assommé »
 

Extrait de  Mauvais rêve  de Grand corps malade. Slameur et poète auteur-compositeur,  il fait partie de l’actualité en ce moment avec la sortie du film « Patient » comédie dramatique retraçant un épisode de sa vie d’accidenté, avec comme constat : on ne guérit pas seul.

Sujet :

Il y a des jours comme ça où l’on aurait mieux fait de rester coucher, où tout peut arriver !

Imaginez une nouvelle de 15000 caractères titre compris.

Pour participer, laissez un commentaire en signe d’acquiescement et suivez bien les consignes de travail données.

Pour lire ou relire les conditions de participation, c’est ici !

Date de remise de vos textes : vendredi 29 juin 2017

« Le baiser du mammouth » d’Antoine Dole

Et voilà un bien joli trésor de la littérature jeunesse que j’ai découvert tout récemment, et que je m’empresse de vous faire découvrir à mon tour !

En premier lieu, je n’ai pu résister à une aussi jolie couverture, réalisée par Jess Pauwels, une illustratrice dont j’apprécie de plus en plus le travail et que j’admire pour ses dessins au trait précis, délicat, et aux couleurs toujours lumineuses.

Hors-série n°2 : Le mythe d’Orphée

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » dixit Lavoisier.

Perçons ensemble les mystères de la réécriture mythologique. Promis, après celle-là, je vous laisse tranquille avec la musique ^^.

Trouvez le mot juste pour vos romans

Le bon romancier ne se contente pas d’enchaîner les phrases : il dispose d’un vocabulaire étendu et fait résonner les mots. L’enjeu est alors d’induire le lecteur à entendre telle résonnance plutôt que telle autre.

[bit-lit] Notre-Dame des loups par Adrien Tomas

On pourrait l’appeler « chronique d’une déception annoncée ».

Si l’auteur vient à lire cet article, j’espère qu’il ne s’offusquera pas mais comprendra, au vue des erreurs pointées que l’éloge m’était impossible. Quant à nous autres, auteurs en herbe et en devenir, ce livre est malheureusement, un mauvais exemple à méditer.

TRINOME EDITIONS

trinome

« Respect et coup de cœur »

 

Petite maison d’édition qui a vu le jour à Bordeaux en mai 2012, Trinôme se définit comme étant à contre-courant face à un monde de marchandisation du livre.

L’équipe composée d’une correctrice, de deux illustratrices et de deux directrices d’ouvrages cherche à garder un idéal littéraire qui disparaît peu à peu. Amoureuse des mots et respectueuse des auteurs, cette maison tend à se démarquer grâce à ces valeurs. Donner du plaisir est son credo.

 

Trinôme n’a pas de ligne éditoriale clairement établie. Ils fonctionnent au « coup de cœur ». Si vous souhaitez leur soumettre un écrit, il faudra leur envoyer une lettre de présentation et le manuscrit par mail à : contact@trinome-editions.com.

Ils en reçoivent un grand nombre et tiennent à apporter une réponse personnalisée aux auteurs. De ce fait, ils ne peuvent répondre rapidement à tous. N’hésitez donc pas à les relancer (gentiment !)

Quelques exemples d’ouvrages, pour vous donner envie :

FLEUR DE BITUME, de Laure Mézarigue

BITUME

Jeanne, dite Fleur-de-Bitume, est une prostituée d’une soixantaine d’années qui vient de raccrocher. Suite à un accident de voiture qui plonge son fils François dans le coma, elle s’occupe pour la première fois de son petit-fils Moulinette. Ce dernier, âgé de dix ans, va nous décrire l’univers haut en couleur de sa grand-mère entre perles d’enfance et argot revisité. Il va également assister à la réconciliation des membres de sa famille, grâce à la révélation ultime d’un lourd secret qui resurgira du passé et leur rendra ainsi, à la faveur d’un journal intime, leur vie volée.

 

SECRETS D’ANGES, de Michèle Sébal

Secrets-danges

Petite, je ne jouais pas à la poupée, elles ne m’intéressaient pas. Mon père m’autorisait à jouer avec de très vieux crânes, pieds ou mains habilement conservés. Je pleurais de joie quand, pour moi seule, il orchestrait des saynètes hilarantes où des mains baladeuses aux os blanchis et articulés, ou encore parcheminées, raides ou souples, remplaçaient les habituels Guignol et Gnafron insipides. J’applaudissais en faisant claquer les mandibules de Zonzon, mon squelette préféré, je faisais rouler ses yeux cristallisés dans ses orbites comme des folles billes de loto. Et j’en redemandais. » Descendante d’une lignée qui « tricote la vie et la mort depuis le temps des Druides », Céleste Mervel dirige « Kêr Lucrèce » le funérarium dont elle a hérité et s’intéresse plus aux morts qu’aux vivants. Si elle maîtrise parfaitement les secrets du sel, d’autres secrets surgissant des ombres de la ville close de Guérande vont bouleverser son existence.

 

Ils sont régulièrement présents sur des salons, peut-être près de chez vous !

Sinon, retrouvez-les sur leur site : http://www.trinome-editions.com/

Ou sur Facebook : https://www.facebook.com/TrinomeEditions

« MEMOR le monde d’après » de Kinga Wyrzykowska

Le 7 mai dernier, j’ai été invitée par Cultura à faire partie du jury qui a élu le meilleur roman jeunesse 2015 nommé Prix Plume 2015. Des six lectures qui nous ont été proposées, « Memor le monde d’après » est celui qui m’a fait une forte impression, et comme il est aussi le gagnant de ce Prix, je tenais vraiment à vous en parler dans la chronique jeunesse de ce mois-ci.

« Histoires bizarres de Balthazar » de Chris Mould

Balthazar Clairon a 11 ans. Un jour, il reçoit un paquet contenant une grande clé en argent et une lettre, qui lui explique que son grand oncle l’amiral Bartholomé Suif est décédé, et qu’il est alors l’héritier du Manoir du Bougeoir, situé sur l’île mystérieuse de La Roche Crampon. Mais dès son arrivée sur l’île, il remarque des choses bien étranges…

Mai 2015 – Mots éparpillés

Bonjour à tous ! :) Cet article participe au rendez-vous mensuel « Mots éparpillés » de Margarida Llabres et Florence Gindre, projet inspiré par « Mots sauvages » de Cécile Benoist.

Pour permettre à nos membres de participer à ce concours, nous avons mis en place sur le forum d’écrire-un-roman un nouveau jeu. Ce dernier permet de sélectionner un texte gagnant que nous affichons dans cette rubrique, chaque mois.
Sans plus attendre, voici celui qui a été sélectionné ce mois-ci :


 


 

L’arbre remarquable du parc Cireur n’avait jamais attiré autant de monde.
Pendant que l’équipe de scientifique s’affairait, prenant méthodiquement photos, mesures et échantillons, les deux corps suspendus à la branche la plus basse oscillaient. Leurs yeux injectés de sang fixaient sans vie l’espace devant eux. Leurs visages tuméfiés s’exposaient à la foule qui se pressait, en une fascination morbide, contre les barrières de la scène de crime.
Lorsque le directeur du parc alerté dix minutes plus tôt arriva, il senti ses genoux se dérober, sa bouche s’ouvrir d’horreur, en reconnaissant ses employés.
« C’est… du moins, c’était Wanda Clause la dame-pi… l’agent de service, se rectifia le directeur, et Uri Black le jardinier. »
Les copeaux de bois brulés s’enfonçaient sous les bottes de l’inspecteur, les cendres formaient un cercle autour des macchabées et des symboles étranges étaient tracés par du sang.
Un des scientifiques s’approcha de lui avec une tablette « Quelqu’un a reconnu les symboles tweetés par un des gamins et il a renvoyé un lien. »
On pouvait lire sur « RitueldeNécromancie.com », « Transformer un aesculus hippocastanum en une perversion noire ».
L’inspecteur saisit la tablette :
« – Qu’est-ce que c’est que ce charabia bon sang !
– C’est le nom savant du marronnier. Tous les indices affirment l’hypothèse du rituel, l’arbre, la cendre, les symboles…
– En 17 ans de carrière, je n’avais encore jamais vu ça…
– J’ai poursuivi ma lecture… Je pense que quelqu’un essaye de constituer une armée de mort. Déconfi, le jeune scientifique ajouta : c’est la déclaration de guerre d’un mage noir.
– Dites plutôt un enfoiré d’allumé ! »
Soudain des racines sortirent de terre, se saisissant des membres de la foule sous la ramure.
Seul le sifflement des cadavres couvrit les hurlements de ceux qui s’enfonçaient déjà dans la terre.



Texte de Jenhalie

EDITIONS CALEPIN

calepin

« Dynamiques et passionnés »

 

Co-directrice éditoriale : Julie Petonnet-Vincent

 

Toute jeune maison à compte d’éditeur créée en 2012, les Éditions Calepin cherchent à donner la parole à de nouveaux auteurs et à les promouvoir. Une équipe d’une dizaine de personnes, jeune, dynamique et très motivée ! Parmi eux se trouvent des illustrateurs de talent ainsi qu’un compositeur (pour la musique des livres audio).

Leur ligne éditoriale se concentre principalement sur la jeunesse, la romance, les romans d’aventure, le fantastique ou le thriller. Ils éditent également des recueils de nouvelles. Pas de textes de théâtre, ni de poésies ou essais.

Ils éditent en format papier (poche pour les romans) et en numérique, audio et e-books audio pour les parutions jeunesse.

Si vous avez un manuscrit qui entre dans le cadre de leur ligne éditoriale, n’hésitez pas à leur soumettre : à partir du moment où votre travail est abouti, de qualité et qu’il présente un réel intérêt, le comité de lecture le lira et, s’il est séduit, vous aurez toutes les chances d’être édité !

Par ailleurs, leur comité de lecture cherche… des lecteurs ! Si cela vous intéresse, contactez-les.

Quelques parutions (pour vous donner envie !) :

Tout ira bien Salomé, de Renaud Blondel. Parution : 30/11/2014

La touchante histoire d’un père qui se bat pour la survie de son enfant, condamnée si elle ne reçoit pas une greffe de foie, introuvable en France. S’en suit un périple à l’étranger où la loi est plus souple, mais à quel prix…

salomé

 

Saulnier et la petite morte, de Catherine Coss. Parution : 30/11/2013

Saulnier est un vieux flic bougon. Il n’aime pas les gens, et c’est réciproque.

On lui confie une enquête des plus banales : une jeune fille retrouvée assassinée. Le flic se rend vite compte que la victime est toujours là, puisqu’elle entre en contact avec lui, bouleversant sa vie à jamais. Un polar psychologique mâtiné de fantastique.

saulnier_et_la_petite_morte

 

 

Leur site : http://www.editions-calepin.fr/

Retrouvez-les également sur Facebook et Twitter.

 

 

« La photo qui tue » d’Anthony Horowitz

Aujourd’hui j’ai choisi de vous parler de « La photo qui tue », édité chez Le Livre de Poche Jeunesse. Il regroupe 9 histoires, comme l’indique le titre : « à vous glacer le sang » ; un titre qui a attiré toute mon attention, et qui est je trouve, finalement, un titre plutôt bien choisi ! Ces 9 histoires toutes très différentes, font froid dans le dos et tournent autour de faits étranges.

« Le Porteur de conque » de Chitra Banerjee Divakaruni

Originaire d’Inde, Chitra Banerjee Divakaruni aime nous faire découvrir son pays à travers ses livres, et nous amène à la rencontre de la culture indienne et de ses traditions. Alors avec « Le porteur de conques », j’avais vraiment hâte de découvrir sa plume dans la littérature jeunesse.

La base – Book’s Anatomy Ep02

Alors, ça y est ? L’inspiration est venue et vous détenez l’idée du siècle ?

Alors, il est grand temps de passer à l’opération suivante et de « structurer » un peu tout ça ;). Comme évoqué précédemment, votre idée de base doit inclure un contexte et une intrigue. C’est là-dessus que va partir le reste du travail de formation du synopsis.

Lune Ecarlate

Le plaisir de lire.
Une fois encore, Lune Ecarlate est une toute jeune maison d’édition, car fondée en avril 2013. Administrée par Nathalie Lial, cette maison publie des livres papiers (brochés, impression à la demande) et numériques avec une préférence pour le segment ebooks.

Liste de Noël

 

Quel cadeau vais-je offrir ?

Que ce soit à sa famille ou à ses amis, on se prend souvent la tête pendant des heures pour tenter de trouver LA bonne idée.

Cette année, écrire-un-roman va vous aider !

Éditions Hélène Jacob

L’édition au service des auteurs !

Il s’agit là encore d’une maison d’édition récente, née à l’été 2012. Issue d’un blog (MIA), elle s’est créée autour de deux auteurs qui ont été rejoints par de nombreuses personnes aux champs d’activité variés (corrections, maquettes, etc.)

La lune cendrée

Brune-El, est une femme généreuse qui, depuis deux ans déjà, donne énormément de son temps aux jeunes auteurs. Son regard d’aigle guette les moindres coquilles et sa passion s’enflamme, toujours sincère. Écrivain talentueux, elle signe aujourd’hui son premier roman : La Lune Cendrée.

Mots éparpillés – Octobre

Cet article participe au rendez-vous mensuel « Mots éparpillés » de Margarida Llabres et Florence Gindre, projet inspiré par « Mots sauvages » de Cécile Benoist.

Pour permettre à nos membres de participer à ce concours, nous avons mis en place sur le forum d’écrire-un-roman un nouveau jeu. Ce dernier permet de sélectionner un texte gagnant que nous affichons dans cette rubrique, chaque mois.
Sans plus attendre, voici celui qui a été sélectionné ce mois-ci :

ATTENTION – Texte pour public averti.


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Le Petit Caveau

Tout est dit dans le crédo ! Cet éditeur cible avant tout les écrits mettant en scène nos amis à canines pointues : les vampires. Romans, novellas ou nouvelles, ces créatures doivent en être le pivot central.

Comment choisir votre narrateur

Faut-il écrire avec le point de vue du « je » ? Ou plutôt en rester au « il » ?

Découvrez dans cet article les 4 types de narration, leur point fort et leur point faible, afin de choisir celui qui correspond à votre histoire.

Edition : les différents types de contrats.

Christine, la directrice éditoriale d’Écrire un Roman, œuvre depuis plusieurs semaines pour créer des alliances avec des maisons d’édition. Dans ce but, elle écarte avec soin les maisons d’édition à compte d’auteur et garde celles à compte d’éditeur.

Protégez votre roman

Imaginez, après plusieurs mois de travail sur votre roman, le trouver en vente… publié par un autre auteur ! Vous n’en croyez pas vos yeux : il a repris mot pour mot votre oeuvre, il a volé vos personnages, jusqu’au moindre détail…